Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.
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mercredi 12 février 2025

Le Château de mes sœurs. Des Brontë aux Kardashian, enquêtes sur les fratries féminines, de Blanche Leridon : le pouvoir des sœurs


 Avec Le Château de mes sœurs, Blanche Leridon se livre à une enquête passionnante qui explore la puissance des sœurs par le biais d’une démarche dialectique, couvrant l’actualité, la littérature et le cinéma, des plus pertinentes.

L’enquête intitulée Le Château de mes sœurs relève de l’essai dans la mesure où Blanche Leridon admet ancrer ses origines dans un vécu personnel. Cette essayiste, directrice du think tank libéral Institut Montaigne, est la cadette d’une sororie de trois filles. Elle explique, dès le début de son ouvrage, que les sœurs Halliwell, trois sorcières héroïnes de la série Charmed, diffusée en France sur M6 de 1998 à 2006, ont enclenché « un tournant dans l’itinéraire de construction que nous menions (inconsciemment) mes sœurs et moi. »

L’image de cette sororie – terme plus approprié que fratrie – contrastait fort avec celle de la comtesse de Ségur par exemple ou de Laura Ingalls Wilder, dont les mémoires ont inspiré La Petite Maison dans la prairie, autre série mémorable. Les trois sœurs de Charmed forment un trio uni, qui ne prend toute sa puissance que lorsqu’il est réuni et parvient ainsi à combattre toutes sortes de forces obscures et malveillantes. C’est à ce pouvoir des sœurs, qui peut s’exercer dans bien des domaines, autres que celui de la démonologie, que Blanche Leridon rend hommage.


https://www.ecoledeslettres.fr/le-chateau-de-mes-soeurs-des-bronte-aux-kardashian-enquetes-sur-les-fratries-feminines-de-blanche-leridon-le-pouvoir-des-soeurs/

vendredi 8 septembre 2023

Les neiges du Kilimandjaro de Joseph Kessel, séquence pour 4e

 Présentation : Joseph Kessel qui fut l’un des grands reporters du XXe siècle est aujourd’hui surtout connu surtout pour ses œuvres romanesques, la plus connue est sans conteste Le Lion, qui fut l’un des grands succès d’édition de Gallimard, mais on lui doit aussi des romans qui ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques populaires comme La Passante du Sans-souci ou Belle de jour. Le Paradis du Kilimandjaro qui servira de support à notre séquence est un recueil de quatre reportages initialement publiés dans le recueil intitulé La Piste fauve en 1954. Les deux premiers (« La Clairière aux pygmées » et « Les derniers Dieux du Nil ») rapportent le voyage qui conduisit un Kessel soucieux de découvrir la riche faune africaine aux alentours des sources du Nil près des chutes de Murchison. Les deux suivants évoquent son séjour au Kenya dans la réserve d’Amboseli, ces deux reportages portent aussi témoignages des acteurs, lieux et fait qui devaient inspirer la trame de son roman à venir, Le Lion, publié deux ans plus tard.

Les trois premiers reportages traduisent la fascination qu’a pu exercer l’Afrique sur le reporter qui s’émerveille des beautés d’une nature restée vierge. Dans un monde en pleine mutation, Kessel a parfaitement conscience du caractère exceptionnel des expériences que la terre africaine lui fait vivre. Chacun des trois reportages est construit comme un récit initiatique où, appréhendant la beauté surnaturelle du monde, le reporter narrateur semble renouer avec ses propres origines et trouver dans l’harmonie avec la nature un sens à l’existence. Le quatrième reportage, plus anecdotique, même s’il n’est pas dépourvu de toute dimension initiatique, rapporte les événements qui ont inspirée l’intrigue du Lion.

 La séquence permettra de montrer comment, dans un premier temps, l’écriture du reportage peut entretenir la flamme lyrique et traduire l’enthousiasme né d’un mouvement de communion avec le monde. L’écriture demeurant celle du journaliste, les précisions spatio-temporelles y prennent une importance particulière et nous étudierons donc les compléments circonstanciels de temps et de lieu. La deuxième partie de la séquence sera consacrée à la comparaison entre le fait divers qui inspire une œuvre littéraire et l’œuvre elle-même. Nous verrons donc comment les témoignages qu’a recueillis Kessel l’on conduit à écrire le lion. On pourrait très bien faire suivre cette séquence d’un groupement de texte comparant les grandes œuvres littéraires aux faits divers qui les ont inspirés (de Moby Dick à l’Adversaire en passant par Le Rouge et le Noir).

https://nrp-college.nathan.fr/sequences/joseph-kessel-le-paradis-du-kilimandjaro/





mercredi 4 mai 2022

Comprendre la littérature de jeunesse : analyses et résonances

Bel objet, ces cours, issus du Mooc de l’université de Liège en Belgique et coédités par les éditions Pastel et L’École des lettres, auscultent les genres majeurs de la littérature de jeunesse, la construction de l’interaction entre les textes et l’image, ainsi que les rapports de l’œuvre littéraire aux nouvelles technologies. Ce qui en fait un outil précieux pour les enseignants.

Bel objet, ces cours, issus du Mooc de l’université de Liège en Belgique et coédités par les éditions Pastel et L’École des lettres, auscultent les genres majeurs de la littérature de jeunesse, la construction de l’interaction entre les textes et l’image, ainsi que les rapports de l’œuvre littéraire aux nouvelles technologies. Ce qui en fait un outil précieux pour les enseignants. 

Plan de l'article

Définition d'un champ détude

Une grammaire de l'album

Les évolutions du roman pour adolescent

Des champs d'exploration nouveaux




jeudi 5 février 2015

"En Syrie" de Joseph Kessel

Une expérience de la nostalgie

Les reportages de Kessel appartiennent probablement à ces objets que Frederic Jameson (1) qualifie de « camp », ces œuvres qui suscitent en nous un intérêt nostalgique. Il serait vain de chercher une explication aux conflits qui déchirent actuellement la Syrie dans ces pages de Kessel (2), que réédite Gallimard et qui figurent parmi les premières enquêtes du futur grand reporter.
L’expérience nostalgique fait remarquer Jameson se caractérise généralement par « un attachement à un moment du passé entièrement différent de celui que nous vivons aujourd’hui ». Si les reportages de Kessel relèvent du « camp » c’est parce qu’ils renvoient à un monde disparu. Un monde où voyager avait encore du sens. Où prendre le train, le bateau, voire même l’avion, constituait en soi une aventure, parce qu’il fallait du temps pour franchir les distances, parce que le risque n’était jamais vraiment très loin.

Éviter de vivre en journaliste

Kessel s’intéresse peu à la politique ou aux institutions, il aime les hommes, la vie, les grands espaces qui lui inspirent de belles pages lyriques. Lorsqu’il arrive en Syrie en il avoue très peu connaître la situation : le pays, sous mandat français, est déchiré par les conflits religieux, et la France ne se montre pas à la hauteur du rôle que lui a confié la SDN. Mais Kessel se refuse à « vivre en journaliste », à perdre « ses journées avec des généraux et des hauts-fonctionnaires. »
À Beyrouth, Il veut rencontrer les hommes, l’émir Haïdar, chef – et allié ‑ druse avisé, les chrétiens de l’Ouest qui confessent leur culte de l’argent et l’étourdissent d’un luxe de conte de fée. Se rendre à Damas distante de cent cinquante kilomètres prend douze heures en train. L’auteur de L’Équipage se fait une joie d’accompagner les aviateurs français au-dessus du Djebel druse révolté. « Aucune description n’aurait pu me faire saisir ce que ce lieu a de tragique, d’inhumain, aucun récit ne m’aurait donné cette vision, ni permis de comprendre le danger de survoler un pays en révolte. »

Entre épopée et poésie

Kessel pénétrera aussi dans la ville souterraine de Beyrouth, « labyrinthe de cauchemar », où ne se hasardent jamais les occidentaux. On y entrevoit les Barnabagues, ces tueurs pénétrés du sentiment « qu’Allah les avait mis au monde comme un coutelier fait des couteaux. » On y rencontre aussi, au cœur du labyrinthe, sous la ville souterraine elle-même, des « spectres », victimes du haschich, qui tel les Lotophages de l’Odyssée ont perdu à la fois la mémoire et leur âme.
L’écriture de Kessel revêt souvent cette dimension initiatique et poétique qu’on aime à trouver dans les bons romans d’aventure, elle se fait aussi épique quand le journaliste rapporte ses rencontres avec ces officiers français, mi-soldats, mi renégats, les capitaines Muller (l’inspirateur de La Châtelaine du Liban) ou Colet dont les exploits héroïques rappellent la figure de Lawrence d’Arabie. Comme le fera Saint-Exupéry dans Terre des Hommes, Kessel célèbre le courage de ces officiers à qui l’on refuse une légion d’honneur quand on l’accorde aux financiers véreux e aux tenanciers de tripots.

« Camp ». Les reportages de Kessel le sont moins par leur célébration virile du courage que par l’intime confiance en la vie qui les sous-tend. Il s’agit d’un univers encore ouvert qui autorise l’expérience du dépaysement, l’enthousiasme de la rencontre fortuite avec l’autre, la sensation du danger, la confrontation émerveillée aux espaces vierges du monde. Aux antipodes du notre menacé d’une déprimante uniformisation.

(1) Frederic Jameson, Raymond Chandler. Les Détections de la totalité, Les Prairies ordinaires, 2014.

Joseph Kessel, En Syrie, « Folio », Gallimard, octobre 2014.

mardi 23 décembre 2014

"Samuel de Champlain" par C. Gagnon et J.-P. Tusseau


En France, Samuel de Champlain est un nom qu’on associe vaguement au Québec et dont on situe plus ou moins bien l’histoire aux débuts du XVIIe siècle. 

Le petit ouvrage de Cécile Gagnon et Jean-Pierre Tusseau, Samuel de Champlain, fondateur de la Nouvelle-France aura le mérite de préciser l’itinéraire, l’aura et la ténacité de cette figure exemplaire d’aventurier idéaliste dont le parcours a déjà été étudié dans les pages de l’École des lettres.

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mercredi 6 novembre 2013

« En cherchant Majorana, le physicien absolu », d’Étienne Klein

C’est sur les traces d’une figure fascinante de la physique moderne que se lance Étienne Klein dans ce petit livre passionnant qui cherche à élucider un double mystère. Celui d’une disparition et celui d’une révélation. 
 La disparition, c’est celle d’Ettore Majorana, jeune prodige de la physique moderne qui, un beau soir de mars 1938, devait se volatiliser sur le ferry qui assurait la liaison Naples-Palerme. Le jeune homme sortait alors d’une longue période de neurasthénie et venait d’accepter un poste de chargé de cours à l’université de Naples. Ses deux dernières lettres sont adressées au directeur de l’université : dans la première, il affirme son intention de disparaître, dans la seconde, il a ces paroles énigmatiques : « la mer m’a refusé », et il annonce sa démission prochaine, refusant d’être assimilé a une héroïne d’Ibsen. 
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samedi 28 septembre 2013

« Les Baleiniers. Témoignages 1820-1880 », réunis par Dominique Le Brun

Avec ce recueil de témoignages, dont une bonne partie sont inédits, Dominique Le Brun nous livre une série des documents exceptionnels qui permettent de retracer l’aventure des baleiniers au XIXe siècle et de mettre en perspective le chef d’œuvre d’Hermann Melville, Moby Dick. 
Le premier témoignage est précisément celui d’Owen Chase, capitaine en second, et l’un des cinq survivants du naufrage de l’Essex, dont s’est inspiré Melville. 
La préface nous apprend combien la pêche au cachalot pouvait s’avérer difficile, l’animal, au contraire de sa cousine, la baleine, pouvant se montrer agressif et se retourner contre les pêcheurs. L’aventure des marins de l’Essex constitue néanmoins un cas unique et mémorable dans l’histoire de ce type de pêche. 

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dimanche 20 janvier 2013

« Les Rêveries de Gaston Bachelard », de Jean-Philippe Pierron

Gaston Bachelard disparaissait il y a un peu plus de cinquante ans, léguant à la postérité une œuvre singulière, composite, aussi diffuse que sa prodigieuse imagination. 
 On distingue généralement, dans cette œuvre, un versant épistémologique qui intéresserait les scientifiques et un versant, disons « critique » (pour simplifier les choses), qui concernerait la littérature. 
 C’est une erreur car l’œuvre de Bachelard repose sur une profonde unité. Relisons les premières lignes de La Psychanalyse du feu : « Il suffit que nous parlions d’un objet pour nous croire objectifs.
Mais par notre premier choix, l’objet nous désigne plus que nous ne le désignons… » L’objectivité est-elle toujours nécessaire, voire seulement possible ? 

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vendredi 7 décembre 2012

"La Reine du Niagara" de Van Allsburg


Inimitable, le dessin de Van Allsburg nous fait entrer de plain-pied dans le mystère. Avec la reine du Niagara, c’est le mystère d’une personnalité qu’il met en scène : comment cette veuve de soixante-trois ans, l’irréprochable Annie Edson Taylor, en est-elle venue à descendre les chutes du Niagara dans un tonneau ? 

 Car cette Annie Edson Taylor a véritablement existé : elle fut la première à accomplir ledit exploit en 1901. La mise en images de Van Allsburg nous fait immédiatement comprendre le besoin de théâtralité de cet étonnant personnage. 
 Installée à Bay City, dans le Michigan, elle donne des leçons de danse et de bonnes manières : en deux vignettes le décor est planté – la bonne dame, comme sur les planches d’un théâtre, donne une leçon devant un parterre vide. 
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samedi 1 octobre 2011

Le Phare de l'oubli de Fabian Grégoire

Les phares font rêver, sentinelles de nos côtes, ils sont l’acte de solidarité des terriens à l’égard des gens de mer. Dressés au bord de l’abîme, leurs puissantes lueurs balisent les nuits inquiètes du navigateur. 
Avec Le Phare de l’oubli, Fabian Grégoire réalise un magnifique album à vocation didactique certes – puisqu’on y apprend, selon le principe de la collection « Archimède », l’histoire des phares –, mais aussi dramatique et poétique. 
L’histoire, c’est le combat d’une adolescente, Lucie (évidemment !), pour conserver le fragile équilibre qu’une vie funeste lui a réservé. Son grand-père, gardien de phare (la seule famille qu’il lui reste), perd la tête, la jeune femme le remplace donc clandestinement dans ses fonctions, dissimulant autant qu’elle le peut sa situation aux inspecteurs des phares. Elle finira néanmoins par confier son secret au narrateur, un jeune garçon qui vient de la ville. 

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