Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.
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vendredi 16 mai 2025

Otto de Tomi Ungerer

  


Parmi les compétences à cultiver, les programmes du cycle 4 nous invitent à faire « Lire et comprendre des images fixes ou mobiles variées » en s’appuyant sur des « outils d’analyse simples ». La lecture de l’album, souvent négligée en collège, permet d’exercer ces compétences d’observation et d’analyse liées à l’image. L’album de Tomi Ungerer, Otto qui rapporte, sous formes de mémoires fictives l’odyssée d’un ours en peluche conviendra particulièrement aux classes de sixième ou cinquième. Il permet d’aborder les objets d’études « Avec autrui, amis, familles réseaux » en cinquième ou de questionner la notion d’héroïsme puisque notre ourson devient malgré lui un héros. En sixième on pourra mettre l’accent sur la dimension aventureuse du récit, Otto, comme Ulysse cherche à retrouver son foyer, et finit par le retrouver. La séquence visera en outre à situer l’œuvre dans son contexte et à développer des compétences d’écriture variées.

Séance 1. Tomi Ungerer imagine l’autobiographie d’un ours en peluche

Séances 2 : Les familles d’Otto6

 Séance 3 : Entraînement à l’expression

 Séance 4 : Otto, le héros, p. 16-23

Séance 5 : La voix passive

Séance 6 : L’ami retrouvé, ou la fin d’une longue odyssée

Evaluation : expression écrite

https://nrp-college.nathan.fr/sequences/otto-de-tomi-ungerer/


vendredi 14 février 2025

Les Sept Maisons d’Anna Freud, d’Isabelle Pandazopoulos : au nom de la fille

 Dans un roman en prisme, Isabelle Pandazopoulos ressuscite la figure énigmatique d’Anna Freud, un personnage loin de la dogmatique héritière que l’histoire de la psychanalyse a trop souvent mise en avant et pionnière de la clinique des enfants.

Une image d’Épinal fait d’Anna Freud la gardienne du temple de son père Sigmund Freud, la continuatrice, celle qui, arc-boutée sur les dogmes paternels, se serait battue bec et ongles pour sacraliser son œuvre. Le père de la psychanalyse l’avait surnommée son « Antigone », et une photo bien connue, prise dans les Dolomites en 1913 et la montrant à son bras, semble lui donner raison.

https://www.ecoledeslettres.fr/les-sept-maisons-danna-freud-disabelle-pandazopoulos-au-nom-de-la-fille/





vendredi 11 octobre 2024

Briony May Smith redonne le sourire aux Brontë


 « Les gens ont tendance à penser que les enfants Brontë ont eu une vie triste et lugubre », constate, assez justement Sara O’Leary, scénariste de l’album Au pays des histoires. L’enfance de Charlotte, Branwell, Emily et Anne Brontë. Mais ils pensent aussi que, « pendant les années où ils vivaient ensemble et où ils laissaient libre cours à leur imagination, leur enfance semble avoir été heureuse ». La page de couverture donne le ton : les quatre enfants Brontë, au cœur de la grisaille des paysages de lande qui ont inspiré Les Hauts de Hurlevent, sous un ciel chargé de nuages bas, ont le sourire, un rayon de soleil éclaire leurs visages rêveurs et animés. L’image reprend la composition du fameux tableau à la colonne de Branwell : Anne rêve, Emily est absorbée dans sa lecture, Charlotte, plume à la main, retranscrit, sous le regard attentif de Branwell, les idées romanesques que suscite l’émulation des quatre imaginations réunies.

La première double page montre Anne et Charlotte à travers l’une des fenêtres du presbytère d’Haworth, où elles ont grandi, en train de confectionner un petit livre. Charlotte écrit pour sa petite sœur. De façon symbolique, la maison qui occupe la page de droite dévore une partie de la page précédente, laquelle laisse entrevoir le même paysage de lande que sur la couverture. Le monde de l’intériorité symbolisé par la maison prend ainsi le pas sur le monde extérieur. Sur la page suivante, Anne ouvre le petit livre confectionné par Charlotte, et les motifs de l’histoire, des parents qui voyagent, une petite fille et un château, s’impriment sur la tapisserie, à l’arrière-plan. Les frontières entre l’imaginaire et le réel apparaissent ainsi poreuses, le monde de l’imagination en vient à s’inscrire dans le réel.

L’animation l’emporte sur les ténèbres

Le scénario n’occulte pas les drames vécus par la famille Brontë. Une double page saisit en plongée la famille réunie autour d’une table : sur la page de gauche, le père et les quatre enfants sont en train de dîner, à droite, l’autre moitié de la table et trois chaises vides rappellent que la mère et les deux sœurs aînées (Maria et Elizabeth) sont mortes prématurément, « si bien que la maison a été baignée de tristesse pendant de longues années », précise la narratrice.

Les mots du texte sont inscrits sur la partie droite de la table, comme sur une pierre tombale, et la page de droite semble envahie par l’obscurité. La vie et la mort se font face sur cette double page qui n’a cependant rien de sinistre. Le pasteur Brontë préside une table où l’animation des enfants l’emporte sur les ténèbres.

https://www.ecoledeslettres.fr/briony-may-smith-redonne-le-sourire-aux-bronte/

vendredi 17 mai 2024

Le Secret des sables, de Levi Pinfold : un album poétique et initiatique


 Originaire de Cornouailles, diplôme de l’université de Falmouth, Levi Pinfold s’est très vite attiré la reconnaissance des milieux éditoriaux en remportant le « Book Trust Early Years Award » (catégorie jeune illustrateur) en 2006. Il a depuis illustré de nombreux albums et créé pour Bloomsburry les couvertures de la collection Harry Potter (éditions des quatre maisons). Le seul de ses albums personnels publié en France à ce jour était La Légende du Chien noir[1] . L’École des loisirs a récemment mis sur le marché, dans la collection « kaléidoscope », Le secret des sables, un album somptueux, énigmatique et inspiré dont l’intrigue et les illustrations s’adressent aux lecteurs de tous âges.

Une intrigue aux allures de contes

L’intrigue est un peu celle des Sept corbeaux des frères Grimm. Une petite fille, la plus jeune de la fratrie, va sauver ses frères d’une étrange malédiction. Cependant, l’histoire que Levy Pinfold choisit de mettre en scène est beaucoup plus énigmatique que celle des frères Grimm, d’une part parce qu’il confie la narration à son héroïne qui semble habitée d’une prescience et d’une sagesse qui font totalement défaut à ses frères et, d’autre part, parce que les frères Grimm expliquaient longuement dans la situation initiale pourquoi les sept frères se retrouvaient métamorphosés en corbeaux à la suite d’une malédiction paternelle. Ici rien de tel, les trois frères de la narratrices se transforment en dauphin (pp. 16-17) dans la piscine d’un hôtel étrange qui a surgi en plein désert.

Tout commence par une comptine (p. 1) : « Roses blanche, nous vous suivons vers l’Oracle du Vallon / Désert de la mort puis la fontaine d’une demeure souterraine… » Cette comptine dont le lecteur apprendra qu’elle a bercé l’enfance des frères et sœurs (p. 7) est traitée de « chanson stupide » par la petite fille. Cependant, placée en épigraphe de la narration, la comptine en question est un peu la voix du destin assigné aux enfants de cette fratrie.

Les trois frères et la sœur montent dans une Cadillac blanche, la fillette propose de s’arrêter pour « cueillir quelques fleurs pour maman » (p. 7). Alors qu’ils cueillent des roses blanches sauvages, les trois frère ont soif et se dirigent vers un mystérieux hôtel qui ressemble à une forteresse antique (p. 10-11). D’imposantes murailles, des tours élevées, parmi lesquelles une tour pyramidale, constituent une forteresse qui recèle une cour intérieurs d’où émergent les cimes de palmiers élevés et de cyprès effilés.

La double page 12-13 montre les frères qui entrent dans la forteresse, on ne voit que le dernier d’entre eux que l’ombre semble aspirer, la narratrice, sur le seuil de l’hôtel, ses roses à la main hésite à entrer. Le plan (semi ensemble) ne cadre qu’une partie de la façade de l’hôtel et pourtant la petite fille qui lui fait face semble déjà écrasée par cet univers minéral.

À l’intérieur, une table chargée de nourriture attend les frères qui, après s’être restaurés, ne peuvent résister à l’appel de la fraîcheur et plongent dans une piscine où ils se transforment en dauphins. « J’ai appelé à l’aide, mais en vain. Seul l’écho me répondait » constate la narratrice (p. 18-19). Dans la cour intérieure de l’hôtel rendues par des tonalités sépia l’héroïne qui marche d’un pas décidé dans sa petite robe bleue semblerait être le seul être vivant s’il n’y avait trois oiseaux qui s’abreuvent dans un bassin.

La petite fille rencontre alors « l’Oracle », le lion majestueux qui figure sur la couverture, et qui invite l’héroïne à se restaurer mais la fillette résiste, elle veut repartir avec ses frères. L’Oracle lui accorde trois jours ; si elle parvient à rester au sein du palais, à la table du festin pendant trois jours, sans boire ni manger (« sans pendre ne serait-ce qu’une goutte d’eau ») elle pourra repartir.

Notre héroïne remportera l’épreuve et la famille réunie pourra aller offrir les roses blanches à la mère mais… L’ultime péripétie montre que le récit de Levi Pinfold n’est pas un simple compte, la narration à la première personne avait bien une raison d’être, et le « je » de l’enfant en construction est appelé à rencontrer l’inconscient maternel.



[1] Levi Pinfold, La Légende du Chien noir, Little Urban, 2015.



https://www.ecoledeslettres.fr/fiches-pdf/le-secret-des-sables-de-levi-pinfold-un-album-poetique-et-initiatique/

vendredi 22 décembre 2023

Pauline Voyage, un album de Marie Desplechin


Avec Pauline voyage, Marie Desplechin et François Roca livrent au jeune lecteur un album malin et drôle, ils exploitent avec subtilité et humour le point de vue d’une enfant qui ne comprend pas tous les enjeux de l’aventure qu’elle va vivre. Ces quinze jours qui vont la conduire au Spitzberg sur un paquebot de luxe des années trente sont aussi un petit roman d’initiation qui permettent à la jeune héroïne de s’ouvrir au monde et aux autres.

 

Un récit d’aventures

Le voyage commence mal pour Pauline qui constate, au bout de quelques, jours que sa « seule activité distrayante » aura été « de vomir ». Il faut dire que la situation initiale de notre histoire est marquées par les déceptions : Pauline voulait partir en voyage avec son père or voilà que ce dernier l’a expédiée en croisière avec une certaine Nathalie Petrakov dont elle est obligée de partager la « cabine ridicule ».

« Je suis bien malheureuse, écrit Pauline. Nous ne sommes que deux enfants, le prince Baudouin qui n’a que cinq ans et moi. » L’âge du prince permet d’ailleurs de situer l’intrigue en 1935 puisque le jeune Baudouin de Belgique, futur roi des Belges, est né en 1930. Les indices qui signalent la progression du journal de Pauline inscrivent donc l’action entre la fin du mois de juin (Pauline commence à écrire quelque jours après son départ) et le 15 juillet date de son retour. Or la reine Astrid (la mère du prince) devait mourir quelques semaines plus tard, victime d’un accident de voiture, non loin de Küssnacht en Suisse.

Le bateau qui transporte Pauline et les passagers a par ailleurs été baptisé le Reine Astrid, il y a donc dans ce Voyage de Pauline quelque chose qui relève du destin en marche, de l’aventure au sens premier du terme (l’étymologie adventura signifiant ce qui doit arriver). Cette croisière de luxe où tout le monde, stimulé par la reine, se montre « fou de politesse » témoigne des derniers feus d’un monde policé qui bientôt sombrera dans la guerre.

Mais pour Pauline l’essentiel, au début de cette histoire, est de tromper l’ennui et de montrer à son père toute l’amertume qu’elle éprouve à son égard. C’est son père qui lui a demandé de tenir un journal, la petite hésite d’ailleurs, le journal prenant, la plus souvent, la forme de lettres pleines d’acrimonie. « J’étais tellement fâchée contre vous que je n’ai rien écrit les premiers jours. »

dimanche 3 septembre 2023

La Comète, de Joe Todd-Stanton: attraper les étoiles

En quittant la campagne pour vivre en ville, Mila et son père ne voient plus le ciel et ne prennent plus le temps d’être ensemble. Leur univers s’est rétréci. Jusqu’à ce que le père regarde les dessins de sa fille.

L’art de Joe Todd-Stanton se reconnaît immédiatement: un trait délicat qui autorise des contours assurés, des cadrages parfois surprenants mais qui donnent toujours à voir un monde apaisé, un mélange de couleurs chaudes et froides qui instaure une harmonie tranquille. La Comète interroge le rapport de l’homme à la nature et met en scène les relations parents-enfants tout en se livrant à un éloge très british de l’imagination créatrice. 

Large fenêtre sur paysage nocturne 

Deux doubles pages permettent de mettre en scène les enjeux de l’album, la première (p. 5-6) a pour cadre les murs d’une chambre d’enfant au milieu duquel s’ouvre une large fenêtre. «Ici, c’est chez moi, déclare la jeune narratrice (Mila), il y a de très grands arbres et je peux compter une centaine d’étoiles». Les murs sont couverts de dessins d’enfants et de photographies, d’un devoir noté A+ que surmonte l’image d’une fusée qui décolle ; au-dessus de la fenêtre, ce sont des canards découpés qui semblent s’envoler;à droite des lacis de feuilles colorés et une reproduction de Matisse (Icare) décorent le mur. Tout dénote un univers heureux, confiant, riche de promesses pour l’avenir.

mercredi 21 juin 2023

"Hélène, princesse intrépide", analyse d'un album

Il eut être intéressant, en sixième, de commencer l’année avec un groupement de textes consacrés au thème du monstre. C’est l’occasion pour le professeur de revoir les caractéristiques grammaticales et formelles du récit. On pourra prolonger cette séquence initiale avec une lecture de l’album Hélène princesse intrépide, de Christelle Cailleteau et Julie Colombet, qui offre une variation amusante sur le topo du dragon. La séquence permettra de montrer que cet album demande des compétences de lecteur complexes puisqu’il joue de la superposition de deux narrateurs: l’un (verbal) raconte l’histoire, l’autre (visuel) la met en image. Cette juxtaposition de deux discours parfois complices, parfois antagoniques, a des effets complexes. L’histoire reposant sur des manipulations chronologiques intéressantes, nous choisissons d’étudier, en langue, le plus-que-parfait. Les deux premières séances seront menées au vidéoprojecteur, avant que les élèves aient eu accès à l’album.

1. Entrer dans l'album
2. Quand les deux narrateurs ne sont pas tout à fait sur la même longueur d'onde
3. Le plus-que-parfait
4. Accords et désaccords, les enjeux d'une double page
5. Ils ne se marièrent pas et n'eurent pas d'enfants, un scénario parodique



lundi 6 août 2018

L'oeuvre de Maurice Sendak revisitée par un "Maxilivre"

Traduit par Agnès Desarthe, ce Maxilivre (1), qui est en fait le catalogue d’une exposition réalisée à New York, en 2013 a l’avantage d’attirer l’attention sur des pans ignorés du travail de l’artiste dont l’œuvre se réduit pour le profane à l’incontournable Max et les Maximonstres.

La passion des livres

La Préface de Justin G. Schiller libraire spécialisé dans la vente de livres rares et anciens retrace quarante-cinq ans d’une amitié fondée sur la passion des livres, le lecteur apprend ainsi que Maurice Sendak était un bibliophile averti, passionné par les travaux de Lothar Meggendorfer, le père du livre animé, auxquels il consacrera une étude mais aussi collectionneurs d’une première édition de Moby Dick, d’une lettre de Wilhelm Grimm ou d’aquarelles de William Blake. Grimm, Blake, Melville, sont autant d’influences qui n’ont rien de surprenant pour un artiste qui a su élever l’album pour enfant au rang d’art.

Ursula Nordstrom

Leonard S. Marcus, spécialiste de la littérature pour enfants et qui a publié en 2000 la correspondance de Ursula Nordstrom (2), l’éditrice de Sendak, était tout indiqué pour présenter l’œuvre de notre auteur-illustrateur, dans un article fouillé sobrement intitulé « L’artiste et son œuvre ».
Marcus montre à quel point la rencontre avec Ursula Nordstrom fut un moment déterminant dans la vie de ce fils d’émigré polonais né à Brooklyn et que rien ne prédisposait au succès. Artiste autodidacte, Sendak travaillait à la décoration de vitrines d’un libraire réputée quand il fait la connaissance d’Ursula Norstrom, éditrice chez Harper & Collins depuis plus de dix ans. Ursula Nordstrom œuvre énergiquement à la promotion de la littérature pour enfant dont elle déplore qu’elle soit si peu considérée.
Maurice Sendak, auteur de "Max et les Maximonstres".

Le refus du style

Elle détecte immédiatement le talent de Sendak et lui confie l’illustration de toute une série d’albums qui rencontrent d’ailleurs bien souvent ce qui, d’après l’artiste lui-même, constitue sa hantise : la question de « savoir comment les enfants réussissent dans un monde majoritairement indifférent à leur sort » De la version américaine des Contes du chat perché de M. Aymé, aux aventures bien connues de « Petit Ours » d’Else Homelund (3), Sendak s’attache à dessiner l’enfance et trouve son style : ce trait appuyé et ces proportions étranges qui donne à ces sujets cette « extraordinaire apparence d’aplomb ».
Ursula Nordstrom qui déclarait vouloir publier de « bons livres pour de vilains enfants » est ravie. Leonard S. Marcus s’attache alors à dénombrer les nombreuses influences qui s’exercent sur le travail de Sendak : George Cruikshank, Gustave Doré, William Blake, Randolph Caldecott … et montre que Sendak considérait l’idée même de style comme « un enfermement ».

Le lieu magique

Il se livre ensuite, comme pour le démontrer, à une étude de trois albums qui à ses yeux forment une trilogie : Max et les Maximontres (1963), Cuisine de nuit (1970) et Quand papa était loin (1981) (4). Le lien entre ces trois albums ? Un schéma narratif circulaire qui déplace le jeune héros (ou l’héroïne) vers un lieu magique (les titres américains Where the wild things are, In the night Kitchen et Outside over there, le signalent explicitement) métaphorique d’un voyage dans l’inconscient.
Marcus rappelle d’ailleurs que Max et les Maximonstres fut créé dans la foulée d’une analyse et met en avant l’aspect résolument novateur de l’album dans sa manière de gérer le rapport de l’image au texte : la plongée dans l’univers de l’inconscient est mimée par l’envahissement progressif du dessin qui finit par occuper toute la page lors de la « fête épouvantable » organisée par le héros. Au retour à la raison et au monde conscient correspond la réintégration du texte et la réduction du cadre de l’image. « Aucun  artiste avant lui, conclut-il, n’était parvenu à établir une relation aussi intime et symbolique entre le texte et l’image, d’une façon qui permettrait de faire dialoguer les vies à la fois conscientes et inconsciente de son héros. »
Max et ses Maximonstres

Erudition, simplicité et perfectionnisme

Si ces trois albums constituent des chefs d’œuvre c’est aussi parce qu’ils manifestent la culture de leur créateur. Sendak utilise avec bonheur l’intertextualité : si le scénario de Max et les Maximonstres rappelle Hansel et Gretel, Cuisine de nuit multiplie les allusions (Beatrix Potter, Lewis Carroll, Walt Disney…). Quant à l’angoissant Quand papa était loin, il s’appuie sur le scenario des Lutins l’un des contes les plus courts des frères Grimm.
Le lecteur feuillettera avec bonheur ce beau livre dédié à Maurice Sendak pour y apprendre que ce dernier faut aussi publiciste, décorateur de scènes théâtrales, concepteur de fresque et enseignant. La très riche iconographie permet de rendre compte de la popularité du phénomène Max et les Maximonstres : produits dérivés, campagne publicitaire, Maurice Sendak fut amplement sollicité pour prolonger la vie des Maximonstres hors de leur histoire originelle. Elle permet aussi d’entrer dans le laboratoire de l’artiste : esquisses, crayonnés, tentatives abandonnée…

Comparer la version finale d’Ida tournoyant au-dessus de la grotte des lutins à une première esquisse de 1977 (p. 57) donne une idée du perfectionnisme de l’artiste. Recourant d’abord à la plume, Maurice Sendak finit par opter pour le pinceau ultra fin à quatre poil qui lui permet d’obtenir une luminosité tout à fait remarquable, créant ainsi le climat onirique qui convient à ce beau « conte d’amour et de mort » qu’est « Quand papa était loin ».
Le « Maxilivre hommage à Maurice Sendak » est un ouvrage indispensable à celui qui douterait encore que l’album pour enfant ne relève pas pleinement de l’art. Il montre comment cet aimable perfectionniste que fut Maurice Sendak illustre avec bonheur les propos de Thésée (cités par Leonard Marcus) dans Le Songe d’une nuit d’été.
« Et comme l’imagination donne corps
Aux objets inconnus, la plume du poète
Leur imprime de même des formes, et assigne à un fantôme aérien
Une demeure et un nom particulier. "
L'art a pour vocation de donner forme au chaos et de composer "un espace rassurant dans lequel il est possible de se confronter sans danger à ses propres démons."

(1) Le Maxilivre hommage à Maurice Sendak d'Agnès Desarthe, Little Urban, 2016.
(2) Leonard S. Marcus, Dear Genius, the letters of Ursual Nordstrom, Harper & Collins, 2000.
(3) Quatre album d'Else Homelund et de Maurice Sendak: Petit Ours, Petit Ours a une amie, Petit Ours part en visite et Papa Ours rentre à la maison,  ont été publiés à l'école des loisirs en 2016.
(4) Les trois albums sont publiés à l'école des loisirs.


vendredi 1 décembre 2017

« Puisque c’est ça, je pars ! » d’Yvan Pommaux

Une fable moderne sur l'incommunicabilité due aux nouvelles technologies.

Norma joue avec son singe en peluche Jojo dans le bac à sable du parc et le pauvre Jojo est menacé par des «milliers de fourmis rouges» qui « défilent sur les dunes ». Norma, trop absorbée par son jeu, n’entend pas maman qui lui commande de rentrer : « On dirait que je suis un tamanoir, constate-t-elle, un animal bizarre… »
Mais voilà que posé sur un album intitulé Animaux étranges, le tamanoir, le téléphone de maman se met à coasser « cooâ, cooâ, cooâ, cooâ ». L’appareil semble bondir à la manière d’une grenouille et occulte le titre de l’album qui a sans doute inspiré Norma dans ses jeux. ...

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dimanche 21 février 2016

Les quatre musiciens de Brême

La bande dessinée constatait Serge Tisseron dans un essai devenu un référence , rassure, parce (et par ce) qu’elle contient. Les albums de Gerda Müller ont la même vertu : depuis plus de soixante ans – Gerda Muller fête ses 90 ans ce 21 février – ils égayent et réconfortent les petits au moment du coucher.
En rééditant quelques-uns des albums de cette grande dame de l’illustration, l’école des loisirs rend accessible une œuvre essentielle qui vaut par ses qualités esthétiques, son optimisme et la richesse de ses scenarii. Avec Les Quatre musiciens de Brême Gerda Müller adaptait une nouvelle fois un conte des frères Grimm.

La suite sur :

samedi 26 avril 2014

« Le Mange-doudous », de Julien Béziat

Les bons albums pour enfants – et ils ne sont pas si nombreux – renvoient l’enfant à ses préoccupations essentielles. Bruno Bettelheim, l’un des premiers, a montré l’importance des contes pour aider au développement de l’enfant. 
 Les bons albums font de même et ils possèdent l’immense avantage de proposer au petit lecteur des images. L’album de Julien Béziat, Le Mange-doudous, qui s’est vu décerné le prix Landerneau 2013, fait partie de ceux-là. 

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samedi 26 octobre 2013

« Blanche-Neige », de Josephine Poole et Angela Barrett

La réédition dans la collection « Lutin poche » de l’école des loisirs, du Blanche-Neige de Josephine Poole et Angela Barrett offrira au professeur de sixième le sujet d’une magnifique introduction à l’étude conjuguée du conte et de l’image.
Le scénario reprend fidèlement la trame du conte de Grimm. Les puristes reprocheront peut-être à Josephine Poole, se fondant sur les arguments de Bettelheim, d’avoir un peu trop rationalisé l’intrigue. Ce ne seront qu’esprits chagrins insensibles à la beauté d’un ensemble qui parvient à susciter l’inquiétude en nimbant l’histoire d’une aura romantique et gothique engageante et raffinée.
L’écriture s’avère simplement actuelle. Josephine Poole est revenue au scénario initial dans la mesure où elle a su restituer les situations répétitives que le film des studios Disney avait gommées – les trois visites de la méchante belle-mère chez les nains notamment. Et tout un chacun sait que la répétition est partie intégrante du bonheur de lire et entendre des contes.

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samedi 16 mars 2013

"Maître des Brumes" de Toni Ungere

À plus de quatre-vingt-un ans, Tomi Ungerer continue d’occuper le devant de la scène avec une juvénilité qui n’appartient qu’à lui. 
Il était récemment le narrateur du film de Stephan Schesch, Jean de la Lune, adapté de son conte graphique – le film, que l’on peut encore voir dans certaines salles, est une réussite, tant par sa fidélité à l’esprit et au graphisme du conte, que par sa poésie méditative et joviale. 
Et l’école des loisirs publie son dernier album, Maître des Brumes, l’un de ces contes eschatologiques et drolatiques dont il a le secret. 

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dimanche 20 janvier 2013

« Les Rêveries de Gaston Bachelard », de Jean-Philippe Pierron

Gaston Bachelard disparaissait il y a un peu plus de cinquante ans, léguant à la postérité une œuvre singulière, composite, aussi diffuse que sa prodigieuse imagination. 
 On distingue généralement, dans cette œuvre, un versant épistémologique qui intéresserait les scientifiques et un versant, disons « critique » (pour simplifier les choses), qui concernerait la littérature. 
 C’est une erreur car l’œuvre de Bachelard repose sur une profonde unité. Relisons les premières lignes de La Psychanalyse du feu : « Il suffit que nous parlions d’un objet pour nous croire objectifs.
Mais par notre premier choix, l’objet nous désigne plus que nous ne le désignons… » L’objectivité est-elle toujours nécessaire, voire seulement possible ? 

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vendredi 7 décembre 2012

"La Reine du Niagara" de Van Allsburg


Inimitable, le dessin de Van Allsburg nous fait entrer de plain-pied dans le mystère. Avec la reine du Niagara, c’est le mystère d’une personnalité qu’il met en scène : comment cette veuve de soixante-trois ans, l’irréprochable Annie Edson Taylor, en est-elle venue à descendre les chutes du Niagara dans un tonneau ? 

 Car cette Annie Edson Taylor a véritablement existé : elle fut la première à accomplir ledit exploit en 1901. La mise en images de Van Allsburg nous fait immédiatement comprendre le besoin de théâtralité de cet étonnant personnage. 
 Installée à Bay City, dans le Michigan, elle donne des leçons de danse et de bonnes manières : en deux vignettes le décor est planté – la bonne dame, comme sur les planches d’un théâtre, donne une leçon devant un parterre vide. 
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samedi 1 octobre 2011

Le Phare de l'oubli de Fabian Grégoire

Les phares font rêver, sentinelles de nos côtes, ils sont l’acte de solidarité des terriens à l’égard des gens de mer. Dressés au bord de l’abîme, leurs puissantes lueurs balisent les nuits inquiètes du navigateur. 
Avec Le Phare de l’oubli, Fabian Grégoire réalise un magnifique album à vocation didactique certes – puisqu’on y apprend, selon le principe de la collection « Archimède », l’histoire des phares –, mais aussi dramatique et poétique. 
L’histoire, c’est le combat d’une adolescente, Lucie (évidemment !), pour conserver le fragile équilibre qu’une vie funeste lui a réservé. Son grand-père, gardien de phare (la seule famille qu’il lui reste), perd la tête, la jeune femme le remplace donc clandestinement dans ses fonctions, dissimulant autant qu’elle le peut sa situation aux inspecteurs des phares. Elle finira néanmoins par confier son secret au narrateur, un jeune garçon qui vient de la ville. 

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