Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.
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mercredi 12 février 2025

Le Château de mes sœurs. Des Brontë aux Kardashian, enquêtes sur les fratries féminines, de Blanche Leridon : le pouvoir des sœurs


 Avec Le Château de mes sœurs, Blanche Leridon se livre à une enquête passionnante qui explore la puissance des sœurs par le biais d’une démarche dialectique, couvrant l’actualité, la littérature et le cinéma, des plus pertinentes.

L’enquête intitulée Le Château de mes sœurs relève de l’essai dans la mesure où Blanche Leridon admet ancrer ses origines dans un vécu personnel. Cette essayiste, directrice du think tank libéral Institut Montaigne, est la cadette d’une sororie de trois filles. Elle explique, dès le début de son ouvrage, que les sœurs Halliwell, trois sorcières héroïnes de la série Charmed, diffusée en France sur M6 de 1998 à 2006, ont enclenché « un tournant dans l’itinéraire de construction que nous menions (inconsciemment) mes sœurs et moi. »

L’image de cette sororie – terme plus approprié que fratrie – contrastait fort avec celle de la comtesse de Ségur par exemple ou de Laura Ingalls Wilder, dont les mémoires ont inspiré La Petite Maison dans la prairie, autre série mémorable. Les trois sœurs de Charmed forment un trio uni, qui ne prend toute sa puissance que lorsqu’il est réuni et parvient ainsi à combattre toutes sortes de forces obscures et malveillantes. C’est à ce pouvoir des sœurs, qui peut s’exercer dans bien des domaines, autres que celui de la démonologie, que Blanche Leridon rend hommage.


https://www.ecoledeslettres.fr/le-chateau-de-mes-soeurs-des-bronte-aux-kardashian-enquetes-sur-les-fratries-feminines-de-blanche-leridon-le-pouvoir-des-soeurs/

jeudi 16 janvier 2025

Audace et préjugés d'Alexis Karlins-Marchat

Jane Austen, Charlotte Brontë, Virginia Woolf, quatre oeuvres clés de la littérature qui sont autant d'étapes dans l'affirmation d'une pensée féministe, c'est ce que montre Alexis Karklins Marchat qui éclaire de façon particulièrement judicieuse ce parcours au coeur de la littérature anglaise. (article disponible en accès libre sur le site de l'école des l'École des lettres :

https://www.ecoledeslettres.fr/audace-prejuges-relecture-de-chefs-doeuvre-feministes/



vendredi 11 octobre 2024

Briony May Smith redonne le sourire aux Brontë


 « Les gens ont tendance à penser que les enfants Brontë ont eu une vie triste et lugubre », constate, assez justement Sara O’Leary, scénariste de l’album Au pays des histoires. L’enfance de Charlotte, Branwell, Emily et Anne Brontë. Mais ils pensent aussi que, « pendant les années où ils vivaient ensemble et où ils laissaient libre cours à leur imagination, leur enfance semble avoir été heureuse ». La page de couverture donne le ton : les quatre enfants Brontë, au cœur de la grisaille des paysages de lande qui ont inspiré Les Hauts de Hurlevent, sous un ciel chargé de nuages bas, ont le sourire, un rayon de soleil éclaire leurs visages rêveurs et animés. L’image reprend la composition du fameux tableau à la colonne de Branwell : Anne rêve, Emily est absorbée dans sa lecture, Charlotte, plume à la main, retranscrit, sous le regard attentif de Branwell, les idées romanesques que suscite l’émulation des quatre imaginations réunies.

La première double page montre Anne et Charlotte à travers l’une des fenêtres du presbytère d’Haworth, où elles ont grandi, en train de confectionner un petit livre. Charlotte écrit pour sa petite sœur. De façon symbolique, la maison qui occupe la page de droite dévore une partie de la page précédente, laquelle laisse entrevoir le même paysage de lande que sur la couverture. Le monde de l’intériorité symbolisé par la maison prend ainsi le pas sur le monde extérieur. Sur la page suivante, Anne ouvre le petit livre confectionné par Charlotte, et les motifs de l’histoire, des parents qui voyagent, une petite fille et un château, s’impriment sur la tapisserie, à l’arrière-plan. Les frontières entre l’imaginaire et le réel apparaissent ainsi poreuses, le monde de l’imagination en vient à s’inscrire dans le réel.

L’animation l’emporte sur les ténèbres

Le scénario n’occulte pas les drames vécus par la famille Brontë. Une double page saisit en plongée la famille réunie autour d’une table : sur la page de gauche, le père et les quatre enfants sont en train de dîner, à droite, l’autre moitié de la table et trois chaises vides rappellent que la mère et les deux sœurs aînées (Maria et Elizabeth) sont mortes prématurément, « si bien que la maison a été baignée de tristesse pendant de longues années », précise la narratrice.

Les mots du texte sont inscrits sur la partie droite de la table, comme sur une pierre tombale, et la page de droite semble envahie par l’obscurité. La vie et la mort se font face sur cette double page qui n’a cependant rien de sinistre. Le pasteur Brontë préside une table où l’animation des enfants l’emporte sur les ténèbres.

https://www.ecoledeslettres.fr/briony-may-smith-redonne-le-sourire-aux-bronte/

mardi 3 octobre 2023

Les Brontë en Pléiade (tome 3) : Charlotte à la recherche de voies nouvelles


Avec un riche appareil critique, les deux récentes traductions de Shirley et Villette font apparaître un réalisme social inédit confinant au romantisme industriel dans le premier et, dans le second, la liberté absolue et la modernité de l’aînée de la fratrie.


Les éditions Gallimard ont publié fin 2022 de nouvelles traductions des deux derniers romans de Charlotte Brontë, Shirley et Villette* achevant ainsi une publication de ce qui pourrait passer pour les œuvres complètes des Brontë. Signées Laurent Bury et Véronique Béghain, ces deux traductions sont d’autant plus appréciables que les deux romans n’avaient pas été revisités depuis les années cinquante.


https://www.ecoledeslettres.fr/les-bronte-en-pleiade-tome-3-charlotte-a-la-recherche-de-voies-nouvelles/



mardi 29 août 2023

Charlotte Brontë à la recherche de voies nouvelles

Avec un riche appareil critique, les deux récentes traductions de Shirley et Villette font apparaître un réalisme social inédit confinant au romantisme industriel dans le premier et, dans le second, la liberté absolue et la modernité de l’aînée de la fratrie. 

Les éditions Gallimard ont publié fin 2022 de nouvelles traductions des deux derniers romans de Charlotte Brontë, Shirley et Villette* achevant ainsi une publication de ce qui pourrait passer pour les œuvres complètes des Brontë. Signées Laurent Bury et Véronique Béghain, ces deux traductions sont d’autant plus appréciables que les deux romans n’avaient pas été revisités depuis les années cinquante. La préface générale de Laurent Bury, qui insiste sur le laboratoire que furent les Juvenilia (l’ensemble des œuvres de jeunesse, quantitativement plus importantes que la somme publiée du vivant des sœurs), est intéressante. Le traducteur montre notamment que les veines fantastique et réaliste coexistaient déjà dans ces écrits de jeunesse. Elle souligne également la dimension hétéroclite de ces « œuvres complètes » dont la publication s’est échelonnée sans réel souci de cohérence sur plus de vingt ans. Le second volume qui contenait certains épisodes de ces Juvenilia s’avérait bien trop sélectif, sachant que des épisodes majeurs comme The Green Dwarf ou Stancliffe’s Hotel y étaient ignorés. De la même manière, les choix très restreints effectués dans la poésie d’Emily ne permettaient pas de rendre compte de l’évolution d’une œuvre qui constitue sans doute le sommet de l’œuvre brontëenne. 

 Shirley ou le « romantisme industriel » 

Si l’on peut effectivement percevoir une continuité dans l’œuvre de Charlotte, l’aînée de la fratrie qui survécut à ses cadets décédés au cours de l’année 1848-1849, on aurait tort de sous-estimer le poids du deuil sur ces œuvres dites de la maturité. Charlotte Brontë a écrit toute sa vie, mais la mort de ses frère et sœurs (celle d’Emily particulièrement) l’a profondément déstabilisée. Elle alterne des périodes de dépression et d’hyperactivité qui rendent difficile l’élaboration de Shirley, le premier des deux romans publiés. La traduction alerte de Laurent Bury lui confère un certain rythme. Il faut pourtant reconnaître que ce roman peine à trouver sa dynamique et qu’on n’y retrouve pas les ressorts dramatiques qui avaient fait le succès de Jane Eyre.



vendredi 31 mars 2023

Emily, de Frances O’Connor : âme révoltée dans les landes anglaises

Emily, de Frances O’Connor : âme révoltée dans les landes anglaises Bravant l’exactitude biographique pour se concentrer sur les élans et les émotions de la jeune autrice des Hauts de Hurlevent, la comédienne australienne signe un premier long métrage non pas fidèle, mais crédible et sensible. 

Avec Emily, il semble clair que la réalisatrice Frances O’Connor n’a pas recherché l’exactitude biographique. Le scénario compte un certain nombre d’erreurs, et son film est beaucoup plus éloigné de la vérité historique que ne l’était celui d’André Téchiné, Les Sœurs Brontë[1]. En revanche, la comédienne australienne, qui réalise ici son premier long métrage, propose le portrait d’une Emily Brontë romanesque et crédible.

Suite de l'article sur le site de l'école des lettres






samedi 3 décembre 2022

"The night wind" d'Emily Brontë

In summer's mellow midnight 
A cloudless moon shone through 
The open parlour window 
And rose trees wet with dew – 

 I sat in silent musing - 
The soft wind waved my hair 
I told me heaven was glorious 
And sleeping earth was fair - 

 I needed not its breathing 
To bring such thoughts to me 
But still it whispered lowly 
How dark the woods will be ! - 

The thick leaves in my murmur 
Are rustling like a dream 
And all their myriad voices 
Instinct with spirit seem 

I said go gently singer 
Thy wooing voice is kind 
But do not think its music 
Has power to reach my mind 

 Play with the scented flower 
The young tree's supple bough 
And leave my human feelings 
In their own course to flow 

The wanderer would not leave me 
Its kiss grew warmer still 
Oh come it sighed so sweetly 
I'll win thee 'gainst thy will 

Have we not been from childhood friends? 
Have I not loved thee long? 
As long as though has't loved the night 
Whose silence wakes my song 

And when thy heart is laid at rest 
Beneath the church yard stone 
I shall have time no more to mourn 
And thou to be alone

Par une langoureuse nuit d’été,
La lune d'un ciel sans nuage brillait
Par la fenêtre ouverte du salon
Et les rosiers humides de rosée –

Assise, je songeais en silence –
Le vent qui jouait dans mes cheveux
Me révélait la splendeur des cieux
Et la beauté de la terre assoupie –

Il ne m’était nul besoin de son souffle
Pour cultiver de telles réflexions
Mais doucement, il murmurait encore :
« Combien les bois vont s’assombrir -

« Les feuillages épais sous mes murmures
Se mettent à bruire comme en un rêve
Et les myriades de leurs voix semblent
Révéler les instincts d’une âme »

J’ai dit « va-t-en gentil chanteur
Ta voix enjôleuse est charmante
Mais ne va pas croire que sa musique
Ait le pouvoir de gagner mon esprit -

« Joue avec la fleur aux mille senteurs,
Avec les branches de l’arbre juvénile –
Et laisse mon humanité
Suivre le cours de ses sentiments. »

Le vagabond ne m’aurait pas quittée
Son baiser s’est fait plus pressant encore
Oh viens soupirait-il si gentiment
Que tu le veuilles ou non tu sera mienne

Ne sommes nous pas amis depuis l’enfance ?
Ne t’ai-je pas aimée tout ce temps ?
D’aussi longtemps que tu aimes la nuit
Dont le silence éveille ma chanson

Et quand ton cœur résidant au repos,
Sous la lame près de l’église
J’aurais tout le temps de me plaindre
Et toi de goûter ta solitude.

Emily Brontë, Poems, 1850.

Ill. Isabelle Adjani dans le rôle d'E. Brontë, (Les Soeurs Brontë d'A. Téchiné, 1979)

mercredi 22 décembre 2021

Les Lettres de la famille Brontë : sensibilité et fractures d'une fratrie de surdoués


Pour qui cherche à cerner le moi, ses manifestations, ses jeux ou ses dissimulations, la correspondance offre un terrain d’exploration particulièrement fécond. Les Lettres[1] de la famille Brontë traduites, il y a peu, par Constance Lacroix offrent la particularité de confronter le lecteur à une série de personnalités brillantes et originales qui permettront d’aborder deux des entrées préconisées par le programme de terminale dans le cadre de l’objet d’étude intitulé la « recherche de soi », les « expressions de la sensibilité » et les « métamorphoses du moi ». Les première et troisième séances s’attachent plus particulièrement à développer cette première entrée puisqu’elles sont consacrées à une approche de la sensibilité romantique et à la fascination qu’a pu exercer la plus passionnée des trois sœurs, Emily, auteure des Hauts de Hurle-Vent. Les deuxième et quatrième séances interrogent la question des mutations du moi dans le cadre du genre épistolaire et dans la perspective de la création romanesque, comment le moi se donne-t-il à voir selon le destinateur à qui le moi créateur s’adresse-t-il vraiment ?

La séquence pourra s’intercaler entre une première séquence consacrée à l’expression de la sensibilité romantique et une troisième centrée sur le thème du double en littérature éclairé par une approche psychanalytique. Le professeur aura demandé aux élèves de lire la correspondance des Brontë dans l’édition citée jusqu’à la page 348 (lettre 158 comprise). On pourra vérifier la lecture par le biais d’un qcm. Des volontaires auront été sollicités pour présenter un exposé sur l’un des romans phares de chacune des trois sœurs, Jane Eyre, Les Hauts de Hurle-Vent et La Dame de Wildfell Hall. On proposera, en évaluation, un écrit d’invention pour rompre avec le rituel des questions d’interprétation ou de réflexion dont la méthodologie ne pose pas de véritable problème.

Séquence destinées aux élèves de terminale spécialité HLP


https://nrp-lycee.nathan.fr/sequences/les-lettres-de-la-famille-bronte/

 



[1] Famille Brontë, Lettres, trad. de Constance Lacroix, Folio, 2020.

lundi 2 août 2021

No coward soul is mine ...


No coward soul is mine 
No trembler in the world's storm-troubled sphere 
I see Heaven's glories shine 
And Faith shines equal arming me from Fear 

O God within my breast 
Almighty ever-present Deity 
Life, that in me hast rest, 
As I Undying Life, have power in Thee 

Vain are the thousand creeds 
That move men's hearts, unutterably vain, 
Worthless as withered weeds 
Or idlest froth amid the boundless main 

To waken doubt in one 
Holding so fast by thy infinity, 
So surely anchored on 
The steadfast rock of Immortality. 

With wide-embracing love 
Thy spirit animates eternal years 
Pervades and broods above, 
Changes, sustains, dissolves, creates and rears 

Though earth and moon were gone 
And suns and universes ceased to be 
And Thou wert left alone 
Every Existence would exist in thee 

There is not room for Death 
Nor atom that his might could render void 
Since thou art Being and Breath 
And what thou art may never be destroyed. 

 Emily Brontë, The EJB manuscript, (1846, pour le poème cité).

Nulle lâcheté en mon âme 
Qui ne saurait trembler en ce monde tourmenté d’orages. 
Je vois briller les splendeurs du Ciel
Comme brille la Foi qui me fortifie contre la Peur. 

O Dieu en mon sein 
Omniprésente, toute-puissante Déité 
Vie qui en moi repose 
Comme je trouve, invincible Vie, force en Toi. 

Vaines sont les mille croyances 
Qui agitent le cœur des hommes, indiciblement vaines, 
Sans plus de valeur que l’herbe morte 
Ou que l’écume légère sur l’océan sans fin 

Pour immiscer le doute en une âme 
Si bien arrimée à ton Infinité 
Si sûrement ancrée 
Au roc inaltérable de l’Immortalité 

De cet amour qui tout étreint 
Ton Esprit anime les années éternelles
Là-haut, Il se propage et protège, 
Il change, soutient, défait, crée et fait croître 

Si Terre et lune avaient disparu 
Si les soleils et l’univers cessaient d’exister 
S’il ne restait que toi seul 
Toute existence serait en toi.

Il n’est nulle place pour la Mort 
Nul atome que sa force ne puisse d’anéantir 
Puisque tu es l’Etre et le Souffle 
Et que ce que tu es ne peut être détruit 


dimanche 29 décembre 2019

Vanitas vanitatum, omnia vanitas d'Anne Brontë

Anne crayonnée par Charlotte
L'année qui vient permettra de célébrer le bicentenaire de la naissance d'Anne Brontë. Anne (1820-1849) est la moins connue des soeurs Brontë, sans doute ses romans n'ont-ils pas l'aura romantique et scandaleuse de Jane Eyre ou Wuthering heigths. La Locataire de Wildfell hall et sa revendication féministe méritent le détour et ses poèmes valent aisément ceux de Charlotte. Sur le portrait peint par Branwell, on ne peut qu'être frappé par la ressemblance qu'il y a entre Anne et Emily, longtemps la vie les a d'ailleurs rapprochées, elles ont élaboré ensemble, le cycle de Gondal, aujourd'hui perdu quand Charlotte travaillait avec Branwell à celui d'Angria.



In all we do, and hear, and see,
Is restless Toil and Vanity.
While yet the rolling earth abides,
Men come and go like ocean tides;

And ere one generation dies,
Another in its place shall rise;
THAT, sinking soon into the grave,
Others succeed, like wave on wave;

And as they rise, they pass away.
The sun arises every day,
And hastening onward to the West,
He nightly sinks, but not to rest:

Returning to the eastern skies,
Again to light us, he must rise.
And still the restless wind comes forth,
Now blowing keenly from the North;

Now from the South, the East, the West,
For ever changing, ne'er at rest.
The fountains, gushing from the hills,
Supply the ever-running rills;

The thirsty rivers drink their store,
And bear it rolling to the shore,
But still the ocean craves for more.
'Tis endless labour everywhere!
Sound cannot satisfy the ear,

Light cannot fill the craving eye,
Nor riches half our wants supply,
Pleasure but doubles future pain,
And joy brings sorrow in her train;

Laughter is mad, and reckless mirth--
What does she in this weary earth?
Should Wealth, or Fame, our Life employ,
Death comes, our labour to destroy;

To snatch the untasted cup away,
For which we toiled so many a day.
What, then, remains for wretched man?
To use life's comforts while he can,

Enjoy the blessings Heaven bestows,
Assist his friends, forgive his foes;
Trust God, and keep His statutes still,
Upright and firm, through good and ill;

Thankful for all that God has given,
Fixing his firmest hopes on Heaven;
Knowing that earthly joys decay,
But hoping through the darkest day.


Ann Brontë, Complete Poems of Anne Brontë, Reprint Service Corp, 1924.

En tout ce que l’on fait, entend ou voit,
Ne résident que peine sans trêve et vanité ;
Alors que la Terre en mouvement demeure,
Les hommes vont et viennent comme les marées ;

Avant que ne meure une génération,
Une autre la remplace, qui s’élève.
Et la précipite bientôt dans la tombe,
D'autres lui succèdent, comme la vague écrase la vague ;

A peine se sont-elles dressées qu’elles retombent à jamais.
Chaque jour voit le soleil se lever,
Se hâter dans sa course vers l'Ouest,
Il sombre dans la nuit, non pour se reposer,

Mais pour arpenter les chemins des ciels d’Orient,
Il lui faut alors encore se lever pour nous éclairer.
Viennent alors les vents tourmentés et ardents
Qui, à présent soufflent, du nord,

Mais tantôt du sud, de l’est ou de l’ouest ;
Pour toujours irrésolus, à jamais agités.
Les sources, jaillissant des collines,
Assurent la course éternelle des ruisseaux.

Les rivières assoiffées y prennent leur aliment
Et le portent en roulant jusqu’au rivage,
Mais l'océan ne cesse d’en vouloir davantage
Partout, ce n’est que labeur sans fin.
Er le son ne peut satisfaire l’oreille.

Nulle lumière ne contente l’œil assoiffé
Et il n’est pas de fortune pour contenter nos besoins.
Le plaisir ne fait qu’accroître la peine à venir,
Et la joie, dans sa course, apporte le chagrin.

Le rire est folie, la joie, une imprudence,
Que fait-elle sur cette terre désolée ?
La richesse et la gloire occuperaient-elles notre vie,
La mort vient détruire notre labeur,

Pour nous soustraire la coupe intacte
A laquelle nous avons tant travaillé
Que reste-t-il, dès lors, à l’homme infortuné ?
Qu’il profite, tant qu’il le peut, des plaisirs de la vie.

Qu’il profite des bienfaits que le ciel lui accorde,
Qu’il assiste ses amis, et pardonne à ses ennemis.
Qu’il croie en Dieu, et ne change rien à ses lois,
Droit et ferme dans le bien comme dans le mal ;

Empli de gratitude pour tout ce que Dieu lui donna,
Plaçant au ciel ses plus fermes espoirs,
Sachant que les joies d’ici-bas fanent vite,
Espérant, à travers les jours les plus sombres.

trad. S. Labbe.

Illustration : Ill. de couverture pour La maison sur la colline de D. Auriange, Marabout, 1966.

mercredi 31 juillet 2019

"Jane Eyre" de R. Stevenson

Introuvable depuis quelques années, la version de Jane Eyre réalisée par Robert Stevenson et diffusée en 1944 vient d’être rééditée chez Rimini éditions. Est-ce la fortune récente des romans brontëens au cinéma qui a motivé à cette reprise ? On ne peut en tout cas que se réjouir de cette réédition car le film, même s’il n’est pas un modèle de fidélité à la trame romanesque de Charlotte Brontë, repose sur une distribution exceptionnelle et constitue l’une des « perles du cinéma de Stevenson, cinéaste [pourtant] banal » si l’on en croit Raymond Bellour dans l’un des suppléments adjoints au film sur le dvd. 
Contrairement aux versions plus récentes de Zeffirelli ou Fukunaga, Stevenson raccourcit singulièrement l’épisode de l’enfance et élide complètement la dernière partie du roman où Jane, recueillie par Saint-John et ses sœurs se reconstruit une existence indépendante, prouvant par là, qu’une femme, comme un homme, peut s’assumer seule et choisir sa destinée. L’épisode participe du message féministe de l’œuvre et l’on peut regretter sa disparition, d’autant plus qu’il vient faire contrepoint à la situation initiale. Rappelons qu’au début du roman de Charlotte Brontë, Jane est confrontée à son cousin (John Reed) et à ses deux sœurs et que l’épisode dont nous parlons, situé peu avant le dénouement, met aussi Jane en présence d’un cousin (Saint-John) et de deux cousines. Ces triades de cousins sont évidemment une expression fantasmée de la fratrie Brontë et leur récurrence manifeste la littérarité de l’œuvre. Structure récurrente, elles sont évidemment une transposition fantasmée de la famille Brontë. 
Elizabeth Taylor et Peggy Ann Garner
Anne Marie Baron dans l’un des suppléments nous explique que si l’épisode de l’enfance a été réduit, c’est pour amener plus vite les rôles vedettes, Joan Fontaine et Orson Welles. Et pourtant, malgré sa brièveté, l’épisode de l’enfance est rapporté avec une force inégalée qui tient d’abord au choix des actrices. Elizabeth Taylor, l’« enfant au regard d’adulte », ‑ d’après les réalisateurs de l’époque ‑ prête ses traits au personnage d’Helen Burns. Par son exceptionnelle présence et sa maturité précoce, elle incarne littéralement ce personnage trop sage au destin tragique qui permettait à Charlotte Brontë de fustiger les excès d’une certaine religiosité. 
Peggy Ann Garner demeure sans doute la plus convaincante des interprètes du personnage de Jane enfant, son physique gracile et candide manifeste la fragilité du personnage, mais la justesse de son jeu dans les scènes où elle est confrontée à des adultes et les éclairs de son regard qui traduisent une colère contenue annoncent le potentiel de révolte du personnage dans la suite du récit. Peggy Ann Garner devait obtenir deux ans plus tard l’oscar du meilleur espoir féminin pour son interprétation dans le Lys de Brooklyn d’Ellia Kazan. 
Joan Fontaine est, en 1944, une immense vedette, elle a tourné avec les plus grands (Griffith, Cukor, Hitchcock). Malgré le mépris qu’affichera Welles à son égard ‑ Anne-Marie Baron nous rapporte ces propos peu élogieux du maître : « elle n’a au fond que deux expressions » ‑ la comédienne livre du personnage une interprétation tout en nuances. Et si elle semble, dans certaines scènes, littéralement écrasée par Orson Welles, c’est que le film traduit, comme le souligne Anne-Marie Baron l’étrange complexité des rapports de domination. Orson Welles quant à lui, prête son aura au personnage de Rochester. 
Son arrivée et la rencontre qui s’en suit son filmées de manière magistrale. Le personnage surgit dans un décor de brume nocturne et son cheval se cabre menaçant de piétiner Jane et provoquant la chute de son maître. Même si l’épisode est détournée de sa signification, ‑ dans le roman la chute est un moment prémonitoire qui annonce la déchéance future du héros c’est aussi un moyen pour Charlotte Brontë de jouer avec les stéréotypes de la rencontre ‑ il permet d’emblée à Orson Welles d’affirmer son autorité naturelle et de moduler cette thématique de la domination qui parcoure effectivement toute l’œuvre. Le rapport quasi masochiste que Jane entretient avec Rochester, transparait dans la dernière réplique de la scène « Donnez-moi mon fouet ! » ordonne un Rochester intraitable et Jane de s’exécuter aussitôt. 
La scène du mariage manqué, Orson Welles et Joan Fontaine.
Orson Welles joue certes un Rochester plutôt convaincant, aller jusqu’à dire qu’il en fait un « personnage shakespearien » (A.-M. Baron) est peut-être un peu excessif. Rochester n’est finalement, dans le roman de Charlotte Brontë, que la vision fantasmée de l’homme que pouvait avoir une jeune femme soumise aux intransigeances de l’éducation victorienne. Il est plus une caricature d’homme qu’un personnage en tout point crédible. Est-ce cet aspect caricatural qu’aurait saisi Orson Welles ? Il y a, quoiqu’il en soit, de l’excès dans son jeu, les gestes emphatiques et les roulements d’yeux frisent l’outrance mais l’indéniable prestance du comédien et la force de son regard conviennent à merveille à l’aspect dominateur du personnage. 
Cette version de 1944 vaut donc par ses interprètes mais elle n’est pas exemptes de qualités plastiques, Raymond Bellour dans les suppléments souligne l’exceptionnelle qualité de l’éclairage et on ne peut que souscrire à ce jugement. Le film, en noir et blanc repose sur une photographie soignée qui joue avec maestria de la lumière pour restituer l’inquiétante atmosphère gothique du roman. C’est d’ailleurs, si l’on compare avec les versions ultérieures de Zeffirelli (1996) et Fukunaga (2011), celui qui redonne avec le plus d’efficacité cette dimension essentielle du roman : cimetière, lande brumeuse, pensionnat lugubre, château médiéval : les décors sont travaillés par une esthétique expressionniste du contraste qui joue sur l’ombre et la lumière et rend avec force l’atmosphère fantastique propre au registre gothique. 
L’influence d’Orson Welles a-t-elle joué sur les choix du réalisateur ? On retrouve, comme le note Anne Marie Baron, certaines techniques chères à l’auteur de Citizen Kane et du Procès, les plans séquences ou le jeu sur la profondeur de champ. La première scène où l’on voit arriver Helen burnes place Jane seule au milieu d’une vaste salle, découpée par les ombres inquiétantes des piliers. À l’arrière plan, descendant d’un escalier compliqué, arrive Helen, filmée comme une sorte de petit lutin et qui brise l’effroyable solitude de l’héroïne. La scène du mariage manquée joue également avec la perspective d’une façon remarquable. Les héros pris dans une aura lumineuse sont à l’arrière plan enserré dans un couloir sombre fait de piliers gothiques. Le travelling avant qui s’ensuit traduit le point de vue de Mason qui va empêcher le mariage. 
On retrouve derrière l’aspect spectaculaire de ces scènes la manière d’Orson Welles, mais rien ne dit qu’il intervint directement dans la mise en scène. Si le film n’est pas la plus fidèle des adaptations – on peut préférer l’interprétation de Charlotte Gainsbourg dans le film de Zeffirelli ou le scénario de Fukunaga – il constitue l’une des premières adaptations parlantes honorables du roman. Il coupe certes dans la trame de l’intrigue mais il sait restituer l’ambiance gothique et se réfère de façon explicite à l’œuvre de Charlotte Brontë. Anne-Marie Baron montre comment Robert Stevenson a su littéralement mettre en scène l’écriture, « la page de roman ». En effet, à certains moments clés de l’intrigue, un passage du roman est filmé en même temps que lu par Joan Fontaine. Ce sont les passages de transition qui sont ainsi mis en évidence, transitions d’autant plus nécessaires que le scénario a procédé a d’importantes coupes dans la trame du roman. 
Un cinéma expressionniste.
Le film se met ainsi en perspective et rappelle le texte fondateur (l’hypotexte) et rendant hommage à la dimension littéraire de l’intrigue. Outre le film et sa version française, le dvd contient : « Dans l’ombre d’Orson Welles » (7’37) : intervention d’Anne-Marie Baron qui montre l’influence d’Orson Welles sur la réalisation du film; « Jane Eyre et la littérature féminine anglo-saxonne » (9’) : mini conférence de Claire Bazin, à qui l’on doit une excellente étude du roman de Charlotte Brontë, Jane Eyre, le Pèlerin moderne, éditions du Temps ainsi qu’une étude sur La Vision du mal chez les sœurs Brontë aux Presses universitaires du Mirail; « Jane Eyre sur grand écran » (8’) : Propos croisés d’Anne-Marie Baron et Raymond Bellour (spécialiste du cinéma).

Article publié dans », L’École des lettres, n°1, 2014-2015 (site).

dimanche 20 janvier 2019

Emily Brontë en France

Morte à trente ans, auteure d’un unique roman, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurle-Vent en français) publié en 1847 et qui demeura longtemps dans l’ombre d’un autre chef d’œuvre, le Jane Eyre de sa sœur Charlotte, Emily Brontë est longtemps demeurée un mystère.

 Aujourd’hui sa silhouette fantomatique errant à jamais dans l’immensité de l’âpre lande où elle a situé la sombre intrigue de son roman, fait partie du folklore que des milliers de touristes vont, chaque année, chercher à Haworth, le village où elle a passé la quasi-totalité de sa brève existence.

L’Emily des biographes et essayistes

 Dans un pays qui s’est enthousiasmé pour le mythe du poète maudit soigneusement élaboré par Verlaine, son double féminin d’outre-Manche ne pouvait que rencontrer le succès. La première traduction de Wuthering Heights, le roman d’Emily Brontë, est due à Téodor de Wyzewa (1)  qui dans une longue préface cherche à percer les mystères de l’auteur de ce livre si étrange, qu’il a choisi d’intituler Un amant.

http://actualites.ecoledeslettres.fr/litteratures/emily-bronte-en-france/#more-27947

lundi 31 juillet 2017

Emily Brontë, cent quatre vingt dix neuvième anniversaire de sa naissance


Portrait d'Emily Brontë, en haut, à droite, Nero, le faucon, en bas, Keeper, le chien d'Emily.

30 July 1841, Emily's 23rd birthday, and she writes her diary paper:
A Paper to be opened
when Anne is
25 years old
or my next birthday after -
if
- all be well -
It is Friday evening - near 9 o'clock - wild rainy weather I am seated in the dining room alone - having just concluded tidying our desk-boxes - writing this document - Papa is in the parlour. Aunt up stairs in her room - she has been reading Blackwood's Magazine to papa - Victoria and Adelaide are ensconced in the peat-house - Keeper is in the kitchen - Nero in his cage - We are all stout and hearty as I hope is the case with Charlotte, Branwell, and Anne [who were all working away from home]...
A scheme is at present in agitation for setting up in a school of our own ... I guess that at the time appointed for the opening of this paper - we (i.e.) Charlotte, Anne and I - shall be all merrily seated in our own sitting-room in some pleasant and flourishing seminary having just gathered in for the midsummer holydays ... it will be a fine warm summery evening. very different from this bleak look-out ...



30 Juillet 1841, vingt-troisième anniversaire d’Emily, et elle écrit son « journal » :

Un document à ouvrir 
quand Anne aura vint-cinq ans
le jour de mon anniversaire - si tout va bien -

Un projet visant à ouvrir notre propre école est actuellement à l’étude. Je suppose qu’au moment d’ouvrir ce papier, après le délai fixé, nous (c'est-à-dire Anne, Charlotte et moi) serons toutes heureuses, récemment réunies dans le salon de notre nouvelle et florissante école, profitant des vacances au milieu de l’été. Ce sera une belle soirée d’été, bien différente de cette morne journée.


Il 9h00 ce vendredi soir – temps pluvieux et agité. Je suis seule, assise dans la salle à manger où je viens de ranger nos pupitres, en train d’écrire ce journal. Papa est au salon. Tante, en haut, dans sa chambre, elle a lu le Blacwood’s Magazine à papa. Victoria et Adelaïde sont nichés dans la remise à tourbe. Keeper est dans la cuisine et Nero dans sa cage. Nous sommes tous robustes et bien portants, comme c’est le cas – j’espère pour Anne, Branwell et Charlotte qui, tous les trois, sont en train de travailler loin de la maison.

samedi 28 mai 2016

Les Brontë à Bruxelles

Le 21 avril 2016, on célébrera le bicentenaire de la naissance de Charlotte Brontë. La romancière est certes connue pour son célébrissime « Jane Eyre », mais aussi pour avoir été la sœur d’Emily, auteur d’un chef-d’œuvre absolu, «Les Hauts de Hurle-Vent ». La « Brontë Society », qui a son siège au Brontë Parsonage Museum d’Haworth (le presbytère de ce village du Yorkshire où les soeurs ont passé la majeure partie de leurs brèves existences), se prépare à célébrer l’événement en multipliant les initiatives : commémorations diverses, conférences et publications. Et les librairies anglaises placent sur leurs gondoles, au milieu des best-sellers, la dernière biographie de Charlotte due à la plume experte et plusieurs fois primée de Claire Harman.
Sur le continent, l’éditeur belge CFC-Éditions anticipe le bicentenaire en publiant une traduction d’une excellente étude d’Helen MacEwan, écrivain d’origine britannique et Bruxelloise d’adoption, Les Sœurs Brontë à Bruxelles. L’ouvrage revient sur les deux années passées par Charlotte à Bruxelles. En février 1842, cette dernière, accompagnée par sa cadette, la taciturne Emily, débarque dans la capitale belge pour y parfaire son français. Elle a l’intention d’ouvrir, dans les murs du presbytère de Haworth, une école pour jeunes filles, et est persuadée que l’enseignement du français pourrait y attirer les jeunes femmes de la bourgeoisie avoisinante.
L’ouvrage d’Helen MacEwan s’intéresse autant à la biographie des deux sœurs qu’à la ville de Bruxelles dans les années 1840. Une riche documentation iconographique illustre le propos et permet au lecteur de découvrir les lieux qui ont inspiré Villette, le dernier roman de Charlotte Brontë, considéré par beaucoup (dont Virginia Woolf) comme son chefd’œuvre. La ville de Villette est, en réalité, Bruxelles, et l’intrigue reprend sur le mode fantasmatique les errances sentimentales de l’auteur.

L'intégralité de l'article sur : 
http://www.ecoledeslettres.fr/actualites/arts/21670/

lundi 21 décembre 2015

"Les soeurs Brontë à 20 ans", Au Diable Vauvert

Après une année passée en compagnie de Charlotte, Emily et Anne, les éditions au diable Vauvert publient dans leurs collection "à 20 ans" mon portrait des trois soeurs, saisies dans ce moment crucial de l'existence où s'amorce un destin, se construit une personnalité.
La difficulté consistait ici à saisir non pas une individualité mais trois et à montrer comment ces trois filles de pasteurs destinées au célibat et à l'oubli ont réussi à transcender leur morne existence pour produire une des oeuvres les plus puissantes du XIXe siècle, et - en ce qui concerne Emily - l'un des chefs d'oeuvre de la littérature universelle.
Comme l'avait montré Téchiné dans son film, il m'a semblé que Branwell, le frère des trois futurs auteurs reconnus avait joué un rôle non négligeable dans leurs vocations. Je n'ai retenu aucune des idées romanesques qui ont alimentées bien des biographies et oeuvres littéraires, constatant qu'aucune d'entre elle ne reposait sur des bases sérieuses. Si Branwell joue un rôle considérable c'est parce qu'il concentre sur ses frêles épaules tous les espoirs de son père qui voit en lui un génie. Les trois filles qui n'ont pas à subir cette pression pourront, à l'abri des regards laisser, le moment venu, s'épanouir leurs talents respectifs.
La collection "à 20 ans", saisit un écrivain au moment où il s'apprête à entrer dans l'existence, mes trois soeurs y entrent un peu de la même manière, devenant gouvernante ou institutrice; pour aucune d'entre elle, ce métier (cette servitude selon Charlotte) ne constitue un bonheur. Elles travaillent parce qu'il le faut, parce que leur père peine à assurer la subsistance de cette famille nombreuse.
Ce fils de paysan irlandais probablement surdoué avait réussi, par la force de son travail et de son intelligence à conquérir Cambridge qui lui avait permis de devenir "curate" de l'église anglicane. Il a transmis son génie à ses filles et se maintiendra, coûte que coûte, à la tête de la tumultueuse paroisse de Haworth agitée à la fois par la révolution industrielle et les conflits religieux nés du XVIIIe siècle.
Trois soeurs, trois personnalité extrêmement dissemblables: Petite et myope, Charlotte est celle qui part à l'assaut du monde; grande, secrète et colérique, Emily sera la gardienne du foyer; timorée, mesurée et volontaire, Anne est la moins connue et son oeuvre moins emportée que celles de ses soeurs prolonge le réalisme psychologique de Jane Austen.
Ces trois parcours ont la grandeurs des destins tragiques, Branwell semble entraîner dans le sillon de sa déchéance ses trois soeurs qui auront à peine le temps de goûter leur succès. Le révérend Brontë, sorte de Saturne résigné, survivra à tous ses enfants et faisant appel à Elisabeth Gaskell (la première biographe de Charlotte), sera l'instigateur d'un mythe qui ne cesse de fasciner lecteurs des trois soeurs et visiteurs de Haworth.  

l'ouvrage en prévente sur "les libraires.fr"

ou sur Amazon

lundi 29 décembre 2014

Haworth de Carol Ann Duffy

Peu connue en France Carol Ann Duffy occupe un rôle de premier plan sur la scène littéraire nationale anglaise : http://www.famousauthors.org/carol-ann-duffy

"Haworth" est très probablement un hommage à Emily Brontë, les métaphores rendent compte d'une forme de panthéisme qu'on trouve dans les Poems d'Emily. La simplicité de la phrase est caractéristique de la poésie de Carol Ann Duffy. Cette simplicité passe mal en français, les structures attributives par exemple pourraient sembler un peu puériles, ce qui n'est évidemment pas le cas...

I’m here now, where you were.
The summer grass under my palm is your hair, 
Your taste is the living air. 

I lie on my back. Two juggling buterflies are your smile, 
The heathery breath of the moor’s simply your smell. 
Your name sounds on the coded voice of the bell. 

I’ll go nowhere you’ve not. 
The bleached dip in creatures’s bone’s your throat, 
That high lark, whatever it was you thought. 

And this ridge stone your hand in mine, 
and the curve of the turning earth your spine, 
and the swooning bees besotted with flowers your tune. 

 I get up and walk. The dozing hillside is yout dreaming head. 
The cobblestones are every word you said. 
The grave I kneel beside, only your bed. 

 Carol Ann Duffy, Rapture, Picador, 2005.

Me voilà ici, là où tu fus
Les herbes de l’été, sous ma paume sont tes cheveux
Dans l’air vivant subsiste ta saveur.

Je suis étendue sur le dos. Ton sourire réside dans les
[deux papillons qui virevoltent,
La bruyère respire encore sur les moors ton odeur
Ton nom résonne dans la voix cadencée de la cloche.

Je n’irai ailleurs que là où tu fus.
Ta gorge est dans le déclin délavé des os de la créature,
Ta pensée dans cette alouette haut perchée, quelle qu’elle fût.

Et l’arête de cette pierre, ta main dans la mienne,
et la courbe de l’horizon, l’épine de ton dos,
et la faible abeille éprise de la fleur, ta mélodie.

Je me suis levée et j’ai marché. Ta tête rêveuse est le flanc assoupi de la colline.
Les mots que tu prononças sont dans les pavés.
La tombe où je me suis agenouillée, n’est que ton lit.

Trad. S. Labbe


dimanche 1 avril 2012

Une édition des poèmes d'Emily Brontë


Les éditions du Seuil reprennent une édition des Cahiers de poèmes d'Emily Brontë présentée et annotée par Claire Malroux en 1996 pour Corti. La présentation du texte, les traductions sont soignées. Le titre est dû au fait qu'Emily Brontë avait recopié et sélectionné elle-même un certain nombre de poèmes dont elle acceptait la publication, ce choix consigné dans deux cahiers, explique le titre de ce recueil. La lecture de ces poèmes complétera utilement celle de Wuthering heights.
Emily Brontë, Cahiers de poèmes, traduit et présenté par Claire Malroux, Points Seuil, 2012.

http://www.ecoledeslettres.fr/blog/arts/les-cahiers-de-poemes-demily-bronte-enfin-en-poche/#more-3582

jeudi 1 mars 2012

Les Hauts de Hurle-Vents, séquence 4e


Il aura fallu le succès planétaire du Twilight de Stephenie Meyer et l’identification de milliers de lectrices à la jolie Bella pour attirer de nouveau l’attention sur Wuthering Heights (Les Hauts de HurleVent dans la traduction de Frédéric Delebecque): «Qu’est-ce qui t’attire autant dans ce livre?», demande Edward, le vampire énamouré, à sa bien-aimée Bella. «Je ne sais pas trop, répond-elle. L’inéluctable peut-être. La façon dont rien n’arrive à les séparer

Ce simple dialogue a permis de multiplier par cinq les ventes du roman d’Emily Brontë entre 2007 et 2008, et le phénomène n’est pas terminé puisque le cinéma s’en empare. Deux adaptations nouvelles,

l’une de
Wuthering Heights, l’autre de Jane Eyre, le roman de Charlotte Brontë, sont prévues pour 2012. Rien n’interdit donc au professeur de français de faire preuve d’opportunisme, d’autant que, si la lecture de Twilight: La Fascination ne pose généralement aucun problème, celle des Hauts de Hurle-Vent se révèle autrement plus dense. On ne passe pas sans désappointement du degré zéro de l’écriture à une œuvre littéraire visionnaire, profonde et complexe.

On peut évidemment s’interroger sur les raisons du succès de
Twilight et de ses retombées collatérales: il y a le romantisme, bien sûr, l’idée d’un amour «iné- luctable» devenue d’autant plus nécessaire à notre société qu’elle ne cesse de s’éloigner des idéaux romantiques pour s’ancrer toujours davantage dans le consumérisme et le non-sens économique. Il y a aussi, semble-t-il, l’existence de figures masculines fortes, quasi sauvages. En effet, Heathcliff, Rochester et Edward ont un point commun: ils sont animés d’une force destructrice que seul l’amour (et surtout l’aimée) peut apaiser; ils relèvent de l’archétype: la masculinité telle que la fantasme le féminin. À ce stade, seule la sociologie pourrait nous renseigner, mais il semble que, dans l’ère post-féministe qui est la nôtre, la masculinité soit en quête d’identité.

Faire lire
Les Hauts de Hurle-Vent au collège, c’est donc entrer de plain-pied dans cette rencontre magique qui s’opère parfois entre les questions diffuses que pose l’actualité et l’éternelle vitalité des classiques.

Séance 1 : Préface et chronologie de Boris Moissard, témoignages divers. Comprendre de quelles manières la personnalité d’Emily Brontë se manifeste dans son œuvre.
Séance 2 : Extrait du chapitre III : de «Cette fois, j’étais couché dans le cabinet de chêne… miaulement plaintif », p. 28-29. Appréhender la tonalité fantastique de l’œuvre, se livrer à une première analyse du personnage de Heathcliff.
Séance 3 : Les relais narratifs dans l’ensemble du roman. Saisir la complexité du fonctionnement de la narration et les fonctions du narrateur témoins qu’est le personnage de Lockwood.
Séance 4 : Etude d’un extrait du chapitre IX, « Avant qu’elle eût terminé… ma patience à bout », p. 62-63. Analyser un passage clé, scène essentielle à la construction de l’intrigue et révélatrice des grandes thématiques du roman.
Séance 5. Le personnage de Heathcliff dans l’ensemble de l’œuvre. Le personnage de Heathcliff grande figure romantique.
Séance 6. L’illustration de couverture de Fritz Eichenberg. Saisir en quoi le travail de l’illustrateur est un travail d’interprétation.
Séance 7 : Etude de texte, p. 219-221, de « Dès que ce petit désaccord fut aplani… » à « … il a dévoré mon existence ».   Comprendre en quoi le revirement final du héros s’inscrit dans la logique d’une thématique romantique, celle de l’amour vainqueur de la mort.
Evaluation et suggestions de prolongements. 
Quizz qu’on pourra donner avant d’aborder la séquence pour vérifier la lecture préalable du roman.

Séquence disponible sur