Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.

lundi 15 novembre 2010

Spell for creation de Kathleen Raine


Within the flower there lies a seed,
Within the seed there springs a tree,
Within the tree there spreads a wood.

In the wood there burns a fire,
And in the fire there melts a stone,
WIthin the stone a ring of iron.

Within the ring there lies an O,
Within the O there looks an eye,
In the eye there swims a sea,

And in the sea reflected sky,
And in the sky there shines the sun,
Within the sun a bird of gold.

Within the bird there beats a heart,
And from the heart there flows a song,
And in the song there sings a word.

In the word there speaks a world,
A world of joy, a world of grief,
From joy and grief there springs my love.

Oh love, my love, there springs a world,
And on the world there shines a sun,
And in the sun there burns a fire.

Within the fire consumes my heart,
And in my heart there beats a bird,
And in the bird there wakes an eye,

Within the eye, earth, sea and sky,
Earth, sky and sea within an O
Lie like the seed within the flower.

Incantation du monde

Au sein de la fleur demeure la graine
Au sein de la graine l'arbre possible
Au sein de l'arbre l'expansion de la forêt.

Là, dans la forêt, brûle un feu
Et là, dans la flamme se consume la pierre,
Au sein de la pierre un anneau de fer.

Au sein de l'anneau demeure un O
Au sein de cet O regarde un oeil,
Et dans l'oeil nage un océan.

Et dans la mer, le ciel réfléchi
Et là, dans le ciel, brille un soleil,
Au sein du soleil, un oiseau d'or.

Au sein de l'oiseau, un coeur qui bat,
Et de ce choeur s'écoule un chant
Et de ce chant, chante une parole.

Dans la parole, parle un monde,
Parole de joie, monde de souffrance,
De la joie, de la souffrance naît mon amour.

Amour, mon amour d'où provient le monde,
Et sur le monde brille un soleil
Et dans le soleil se consume un feu.

Au sein du feu brûle mon coeur
Et dans mon coeur bat un oiseau,
Et dans l'oiseau s'éveille un oeil.

Dans l'oeil, la terre, la mer et le ciel,
Terre, mer et ciel dans un O
Résident telle la graine dans la fleur.

Kathleen Raine, poème figurant dans Le premier jour, Granit, 1980, avec une traduction de F.-X. Jaujard.

Trad. S. Labbe

samedi 2 octobre 2010

Le récit de Gilgamesh

Travail de commande, Gilgamesh m'a coûté énormément de recherches et d'investissement. J'ai pensé un temps opter pour l'écriture romanesque et au final, j'ai choisi de restituer la brièveté et la poésie - dans la mesure du possible du texte antique.
Je me suis principalement appuyée sur les trois ouvrages suivants, signalés en bibliographie:
Bottéro Jean, L’Épopée de Gilgameš, Le grand homme qui ne voulait pas mourir, « L’aube des peuples », Gallimard, 1992.
Tournay Raymond-Jacques & Shaffer Aaron, L’Épopée de Gilgamesh, « Littératures anciennes du Proche-Orient », Édition du Cerf, 2007.
Foster Benjamin, The Epic of Gilgamesh, Norton & Company, 2001.
Au final, le souvenir d'une formidable aventure à l'aube de l'humanité!


Le Dossier
La Mésopotamie - Qui était Gilgamesh? - la Formation de la légende - La découverte de la version ninivite - La construction de l'épopée - La Douzième tablette - La descente d'Ishtar aux Enfers - Bibliographie

Une critique dans la revue des livres pour enfants

Remarquable édition  abrégée à l’intention des jeunes mais aussi  pourra-t-elle être une bonne première lecture pour tous ceux qui hésiteraient à se lancer dans un texte lacunaire, difficile. Ici, le texte a été habilement réécrit pour que la lecture soit aisée sans retirer l’esprit du texte. Il est suivi d’une tablette tardive qui narre la descente d’Enkidu aux enfers et « la descente d’Ishtar aux enfers » qui ont le mérite de nous donner une idée des conceptions des anciens Mésopotamiens de l’ « après vie ». On trouvera en outre, en fin de volume un index très utile car les noms des dieux mésopotamiens ne nous sont point familiers, une bibliographie aussi brève qu’intéressante et , surtout, une présentation claire et rapide de la Mésopotamie. On ne peut que recommander sa lecture à tous – on peut lire à haute voix ce beau texte : il sonne bien. L’émotion nous saisit au récit de ces aventures, de la douleur indicible de Gilgamesh quand Enkidou meurt, de sa peur de mourir et de cette quête désespérée qui se termine dans une sorte de paix. Chef d’œuvre  qui n’a pas pris une ride depuis plus de quatre mille ans !


E.C.  Revue des livres pour enfants, sept. 2010.



mercredi 15 septembre 2010

Les quatre réformateurs

L'écriture de Stevenson est tout entière habitée de son goût pour l'apologue. Docteur Jekyll et Mr Hyde mais aussi l'Île au trésor sont, d'une certaine façon des fables. Rédigées entre 1874 et 1888, ses Fables sont l'aboutissement d'une oeuvre dont l'écriture n'a cessé de gagné en maîtrise et en finesse, elles ont attiré particulièrement l'attention du grand Borgès qui, on le sait, vénérait les prose de Stevenson. Nous sommes bien loin, avec Stevenson, de la tradition de Florian et La Fontaine, la morale se fait ambigüe, l'humour tourne en dérision l'entreprise du fabuliste et la fable interroge, bouscule, se jouant des certitudes, bien éloignée de tout souci d'édification morale.


Four reformers met under a bramble bush.
They were all agreed the world must be changed.
“We must abolish property,” said one.
“We must abolish marriage,” said the second.
“We must abolish God,” said the third.
“I wish we could abolish work,” said the fourth.
“Do not let us get beyond practical politics,” said the first.
“The first thing is to reduce men to a common level.”“The first thing,” said the second, “is to give freedom to the sexes.”
“The first thing,” said the third, “is to find out how to do it.”
“The first step,” said the first, “is to abolish the Bible.”
“The first thing,” said the second, “is to abolish the laws.”
“The first thing,” said the third, “is to abolish mankind.”

On trouvera les fables de notre auteur sur : http://www.authorama.com/fables-1.html

Quatre réformateurs s’étaient réunis sous une haie de ronces.
Tous étaient d’accord, il fallait changer le monde.
- Nous devons abolir la propriété, dit le premier.
- Nous devons abolir le mariage, dit le second.
- Nous devons abolir Dieu dit le troisième.
- Je voudrais tellement que nous puissions abolir le travail, dit le quatrième.
- Ne dépassons pas le cadre d’une politique réaliste, dit le premier. La première chose à faire est de réduire les inégalités entre les hommes.
- La première chose à faire, dit le second, est de donner la liberté aux deux sexes.
- La première étape, dit le premier, consistera à abolir la Bible.
- La première chose à faire, dit le second, est d’abolir les lois.
- La première chose à faire, dit le troisième, est d’abolir l’humanité.

La traduction des fables de Stevenson est diponible dans le t. 2 de l'intégrale des Nouvelles de Stevenson, chez Phébus.

jeudi 19 août 2010

On the beach at night (3)


Then, dearest child, mournest thou only for Jupiter?
Considerest thou alone the burial of the stars?

Something there is,
(With my lips soothing thee, adding, I whisper,
I give thee the first suggestion, the problem and indirection,)
Something there is more immortal even than the stars,
(Many the burials, many the days and nights, passing away,)
Something that shall endure longer even than lustrous Jupiter,
Longer than sun, or any revolving satellite,
Or the radiant brothers, the Pleiades.

Alors, enfant chérie, est-ce pour la seule Jupiter que tu te désoles ?
Est-ce seulement la mort des étoiles qui te préoccupe ?

Il existe quelque chose
(Je te le murmure de ma voix apaisante
Je te confie la suggestion initiale, le problème et le moyen de l'éviter)
Il existe quelque chose de plus éternel que les étoiles,
(Qui dépasse les jours et les nuits qui meurent sans cesse,)
Quelque chose qui durera plus longtemps que l'éclatante Jupiter,
Plus longtemps qu'aucun soleil ou qu'aucun satellite en orbite,
Plus longtemps que les soeurs radieuses des Pléiades.

Leaves of grass, 1855, pour la première publication .

mardi 17 août 2010

On the beach at night (2)

From the beach, the child, holding the hand of her father, 
Those burial-clouds that lower, victorious, soon to devour all,
Watching, silently weeps.

Weep not, child,
Weep not, my darling,
With these kisses let me remove your tears;
The ravening clouds shall not long be victorious,
They shall not long possess the sky—shall devour the stars only in apparition:
Jupiter shall emerge—be patient—watch again another night—the Pleiades shall emerge,
They are immortal—all those stars, both silvery and golden, shall shine out again,
The great stars and the little ones shall shine out again—they endure;
The vast immortal suns, and the long-enduring pensive moons, shall again shine.

De la plage, l'enfant qui tient la main de son père,
Observe ces nuages, fossoyeurs funestes qui se pressent de tout engloutir
Et pleure, en silence.



Ne pleure pas, mon enfant,
Ne pleure pas, ma chérie;
Laisse ces baisers, chasser ces larmes.
Ces nuées voraces ne seront pas tout le temps victorieuses.
Elles ne possèderont pas le ciel très longtemps, et ne dévooreront les étoiles que de façon
illusoire.

Prends patience, Jupiter émergera, contemple le ciel une autre fois, les Péïades se
lèveront.

Elles sont immortelles, toutes ces étoiles aux éclats d'or et d'argent resplendiront
encore,

De la plus grande à la plus infime, elles brilleront encore - elles durent;
Vastes soleils éternels et lunes toujours pensives brilleront de nouveau
.
Leaves of grass, 1855, pour la première publication .

mercredi 11 août 2010

Klimt, les trois âges de la femme

Allégorie dans la tradition de Baldung et du Titien, les trois âges de la femmes présentés par Klimt en 1905 délivrent néanmoins un discours résolument moderne. Le cadrage tout d'abord s'avère des plus intéressant, on ne pourra que déplorer les reproductions du tableau qui resserrent l'espace entourant les femmes. Délester le tableau de ses espaces latéraux, c'est évidemment élargir proportionnellement l'espace vital et amoindrir le discours du peintre : le couloir de la vie n'est qu'un goulet entre la terre où germe la vie et le néant vers lequel semble léviter la vielle femme. Toutes le figures sont penchées (à l'exception de l'enfant), telle la Mélancolie de Dürer. Mais si l'inclination de la mère, baignée dans les bleus, signifie douceur et tendresse, celle de la vieille femme qui porte la main gauche à ses yeux manifeste son désespoir. La vieille femme en question a les pieds qui reposent sur un espace de néant faisant écho au noir de l'arrière plan; des bulles, exhalaison de la vie, s'échappent de l'espace vital où elle baigne; la mère a, au contraire, au dessus de la tête une mosaïque colorée, espace de ses rêves, métaphore de ses espoirs. Klimt nous propose une superbe méditation ontologique qui déplace l'espoir des régions éthérés de l'au-delà (Baldung) à la transmission de l'humanité dans le renouvellement des générations.

lundi 9 août 2010

On the beach at night (1)

Première partie d'un poème de Walt Whitman, extrait des Feuilles d'herbe. Ce recueil traduit par Laforgue exercera une influence durable sur les derniers symbolistes belges, le verset claudélien lui doit beaucoup et le lyrisme de Saint-John Perse ne lui est pas étranger.


On the beach, at night,

Stands a child, with her father,

Watching the east, the autumn sky


Up through the darkness,

While ravening clouds, the burial clouds, in black masses spreading,

Lower, sullen and fast, athwart and down the sky,

Amid a transparent clear belt of ether yet left in the east,

Ascends, large and calm, the lord-star Jupiter;

And nigh at hand, only a very little above,
Swim the delicate brothers, the Pleiades.
Leaves of grass, 1855, pour la première publication .

La nuit, sur la plage,
Se tient une enfant qui, avec son père
Regarde, l'est, le ciel d'automne.

En haut, à travers les ténèbres,
Alors que les nuages, voraces fossoyeurs, dans la profusion de leur masse noir
S'amoncellent rapides et maussades au creux d'un ciel bas,
Au coeur d'une bande d'éther demeurée limpide, à l'est,
Monte, calme et imposante, Jupiter, la noble planète;
Et tout près, à peine au dessus,
Barbotent les soeurs délicates, les Pléïades.


Traduction approximative, S. Labbe, il faut avouer que le bon Walt n'est pas toujours aussi limpide que ses éthers célestes.

Photo : John Patronie, 2011.