Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.
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jeudi 9 octobre 2025

Adèle Hugo par Laura El Makki

 


Laura El Makki se penche sur les mystères qui enveloppent la vie de la fille de Victor Hugo, musicienne et féministe, de son exil à Jersey jusqu’à son internement au château de Suresnes. Le texte est préfacé par Isabelle Adjani qui l’a incarnée à l’écran.

Pour toute une génération, Adèle Hugo a eu le visage d’isabelle Adjani. Dans L’histoire d’Adèle H., réalisé par François Truffaut en 1975, la comédienne a su à merveille incarner les tourments, la déréliction et la folie de la fille du poète des Contemplations. C’est donc naturellement Isabelle Adjani qui écrit la préface du dernier ouvrage de Laura El Makki, Adèle Hugo, ses écrits, son histoire. L’actrice revient sur ce film monomaniaque où François Truffaut s’attachait à filmer le visage d’une jeune femme qui le fascinait : « Le visage de la fin, conclut-elle, le mien dans le film, celui de la folie et de l’internement, sera d’une pauvreté essentielle, comme une sorte d’état absolu de la chair que plus personne ne pourra, dès lors, ni atteindre, ni abandonner. » Là réside le drame d’Adèle, dans cet abandon qui n’est que le dernier d’une longue série.

Remplacer l’irremplaçable

Adèle Hugo finit-elle dans la folie ou fut-elle, comme bien des jeunes femmes de cette époque troublée, la victime d’une société qui ne pouvait reconnaître le désir féminin ? Les analogies entre la fille du poète et l’héroïne de Victoria Mass[1] sont troublantes : toutes deux communiquent avec les morts, toutes deux entretiennent un lien privilégié avec un frère sensible à leur isolement, toutes deux seront internées, mais là s’arrête la ressemblance. Adèle Hugo fut certes une victime, mais Laura El Makki pose la question autrement : « La folie dont ses contemporains et la postérité l’ont si facilement affublée n’était-elle pas plutôt une forme de mélancolie ou de dépression, nourrie par la dureté d’un exil qui a effacé tout horizon et toute interaction sociale, qui a célébré les absents quand les présents, eux ne demandaient qu’à vivre ? »

https://www.ecoledeslettres.fr/adele-hugo-ses-ecrits-son-histoire-de-laura-el-makki-biographie-illustree/

vendredi 21 février 2025

On ne badine pas avec l’amour : du proverbe à une nouvelle forme de tragique

Publiée en 1834, dans un recueil intitulé Spectacles dans un fauteuil, la pièce de Musset, On ne badine
pas avec l’amour[1], paraît en plein période romantique.  L’auteur livre dans la même édition Lorenzaccio, sans doute le meilleur drame romantique de la période ; il serait néanmoins difficile de qualifier On ne badine pas avec l’amour de drame dans la mesure où Musset choisit de l’inscrire dans la filiation d’un genre qu’il connait depuis son enfance, le proverbe. Destinée à la lecture, la pièce de Musset est devenue l’une des plus jouées du répertoire français. Outre ses qualités dramatiques indéniables, la pièce rappelle par sa tonalité poétique l’œuvre de Shakespeare et Musset, malgré son statut un peu marginal dans le combat romantique pour l’avènement d’un théâtre libéré des règles classiques, est celui qui, sur le fond, se rapproche sans doute le plus du modèle shakespearien dont Hugo fait l’apologie aussi bien dans sa mythique préface de Cromwell (1827) que dans son William Shakespeare de 1865. L’œuvre est associée, dans les nouveaux programmes à un parcours intitulé « les jeux du cœur et de la parole ». Aussi avons-nous privilégié, dans cette séquence, les extraits qui mettent en évidence cette double dimension d’une parole qui joue avec les sentiments, et qui, tout en se jouant de l’autre, se constitue en spectacle. Nos trois lectures linéaires destinées à l’oral du bac explorent cette permanence du jeu dans l’exercice de la parole amoureuse qui détourne les personnages de leurs véritables sentiments ; ces derniers n’accédant à la vérité qu’au moment du dénouement qui, par son pathétique précipité, les condamne à la séparation et au silence. Nous avons en outre choisi d’interroger le genre de la pièce en analysant le premier acte et mis l’accent sur le personnage de Rosette, victime sacrificielle de la pièce qui lui donne sa coloration tragique, nous finissons avec une proposition de dissertation tirée d’une réflexion de Musset, lequel interrogeait dans un article de 1838 la nature du tragique moderne.

Séance 1 : Situation de la pièce

 Séance 2 : Lecture linéaire d’un extrait de la scène 3 de l’acte I, p. 34-35.

 Séance 3 : La question du genre à travers l’acte I

 Séance 4 : Lecture linéaire d’un extrait de la scène 3 de l’acte III, Perdican fait la cour à Rosette

 Séance 5 : Le rôle de Rosette dans la pièce

 Séance 5 : Le dénouement, lecture linéaire des dernières répliques de la scène 8  de l’acte III.

 Séance 6 : Entrainement à la dissertation : Musset théoricien du tragique

https://www.ecoledeslettres.fr/fiches-pdf/on-ne-badine-pas-avec-lamour-du-proverbe-a-une-nouvelle-forme-de-tragique/

 



[1] On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, édition de Florian Pennanech, « Classique et Cie », Hatier, 2024.

jeudi 16 janvier 2025

Audace et préjugés d'Alexis Karlins-Marchat

Jane Austen, Charlotte Brontë, Virginia Woolf, quatre oeuvres clés de la littérature qui sont autant d'étapes dans l'affirmation d'une pensée féministe, c'est ce que montre Alexis Karklins Marchat qui éclaire de façon particulièrement judicieuse ce parcours au coeur de la littérature anglaise. (article disponible en accès libre sur le site de l'école des l'École des lettres :

https://www.ecoledeslettres.fr/audace-prejuges-relecture-de-chefs-doeuvre-feministes/



vendredi 15 novembre 2024

Lire Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo, aujourd’hui, du collège au lycée

 


Il y a peu, j’ai demandé à mes élèves de première de lire un roman évoquant le thème de la marginalité. Ils avaient le choix entre une trentaine de titres parmi lesquels figurait le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. J’avais mis en garde les lecteurs peu entraînés. Il s’est malgré tout trouvé une demi-douzaine d’aventuriers pour explorer les arcanes du roman d’Hugo, cinq d’entre eux ont fini par abandonner. J’ai évidemment félicité la lectrice de fond qui avait effectué le parcours jusqu’au bout. Et, avec les autres, nous avons cherché les raisons de cet échec. La plupart ont évoqué le rythme du récit, une action qui tarde à démarrer, l’absence de héros ou d’héroïne immédiatement identifiable, les difficultés posées par une syntaxe parfois baroque, et la richesse d’un lexique un brin clinquant qui cherche la couleur locale. Bref, une écriture déroutante bien éloignée des standards d’aujourd’hui qui privilégient provocation et surprise. L’anecdote fait apparaître que la lecture de Victor Hugo, même en classe de première, devient difficile. Alors comment, dès lors, aborder ou faire lire une telle œuvre aujourd’hui ?

Confronté au problème, on songe tout de suite à l’ancienne pratique des morceaux choisis, Gallimard a d’ailleurs publié une anthologie[1] pertinente de Notre-Dame de Paris, commentée par Alain Goetz, lequel commence ainsi sa préface : « Hugo a interdit qu’on découpe ses textes en morceaux. En 1859, il écrit : “Les libraires [les éditeurs] qui, abusant du domaine public, tronqueront mes œuvres sous prétexte de choix, œuvres choisies, théâtre choisi, etc., etc., seront, je le leur dis d’avance, des imbéciles. J’existerai par l’ensemble.” Soit ! Hugo fait bien partie de ces « hommes océan », de ces génies dont il évoque l’existence dans la préface de son William Shakespeare. Mais il nous faut convenir que la plupart d’entre nous avons appris à nager en piscine, et l’on peut considérer que si des élèves de première n’en sont plus tout à fait au stade de l’apprentissage, on peut, sans remords, conseiller aux collégiens une anthologie ou une édition abrégée pour pallier la difficulté que posent longueurs et digressions dans les romans d’Hugo. Cela dit, il n’est pas pour autant certain que des collégiens parviendront à s’emparer seuls de l’excellente version abrégée de l’école des loisirs[2] (à laquelle nous nous référerons dans la première partie de l’article). Il faudra aussi que le professeur les aide, dessine des parcours, ait recours à la lecture à voix haute.

En cinquième : destins d’enfants trouvés

Notre-Dame de Paris est un roman qui convient parfaitement aux enjeux des classes de cinquième. La dimension historique autorise une approche interdisciplinaire, et le roman illustre avec pertinence l’objet d’étude « Avec autrui : familles, amis, réseaux ». Les deux figures héroïques du roman, la Esmeralda et Quasimodo, sont des « sans famille », des enfants adoptés. L’un et l’autre seront d’ailleurs cause de la ruine de leurs familles d’adoption respectives. Il est, dès lors, tout à fait possible de montrer comment se dessine ce double parcours dans le roman. La Esmeralda est immédiatement liée à la cour des Miracles dont elle constitue, par son innocence et sa pureté, un paradoxe et un motif de fierté. Le professeur peut lire à voix haute les premiers chapitres du livre II (pages 35 à 50) qui permettent de familiariser le lecteur avec la vision fantasmagorique que Victor Hugo donne à ce lieu. Il invite les élèves à lire le livre IV qui rapporte l’adoption de Quasimodo, et le troisième chapitre du livre VI qui raconte en quelles circonstances la petite Esmeralda (appelée alors Agnès) est enlevée à sa mère.

Il s’agit ensuite de montrer comment le romancier a tissé les fils croisés de deux destinées fatales, l’emprisonnement de la Esmeralda dans les tours de Notre-Dame suscite le soulèvement de la cour des Miracles et son anéantissement par les troupes du roi. L’amour désespéré de Quasimodo pour la belle bohémienne le conduira à balancer son père adoptif par-dessus les balustrades du haut des tours de la cathédrale.



https://www.ecoledeslettres.fr/lire-notre-dame-de-paris-de-victor-hugo-aujourdhui-du-college-au-lycee/

vendredi 14 juin 2024

Parcours sur les émancipations créatrices : le voyage, source d’inspiration


La question de l’émancipation est au cœur de la poésie rimbaldienne, on a pu le voir avec la séquence que nous lui avons consacrée. Partant d’une poésie proche de la poésie parnassienne le jeune Rimbaud s’affranchit peu à peu des règles et tourne en dérision la figure du poète dans « Ma bohème ». Avec Une saison en enfer et Les illuminations, il adoptera la forme du poème en prose ou le vers libre pour manifester la trajectoire fulgurante d’un jeune homme qui traverse les aléas de l’existence en choisissant la démarche poétique pour idéal et en y renonçant pour vivre malgré tout. Au poète fugueur succède l’homme des grands voyages qui parcourt l’Europe à pied pour finir en Abyssinie. La thématique des voyages était au cœur de sa poésie, l’objet de notre groupement de texte sera d’interroger le lien que le poète semble susciter spontanément entre poésie et émancipation. Il s’agira donc moins d’interroger la question de l’émancipation formelle (qui peut néanmoins être abordée) que de s’intéresser à la manière dont les poètes envisagent le voyage. Pour rester dans le cadre du programme de première nous n’utilisons que des œuvres des XIXe, XXe et XXIe siècles.

Baudelaire, « Un hémisphère dans une chevelure », Le Spleen de Paris, 1869 ;

Laforgue, « Complainte de la lune en province », Les Complaintes, 1885 ;

Mallarmé, « Brise Marine », Poésies, 1887 ;

Cendrars, ouverte de La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, 1913

Segalen, Poème LIII extrait de Tibet (1919), 1979 ;

Yvon Le Men, « Dans le train qui va de Cluj-Napoca à Timişoara », Les continents sont des radeaux perdus, 2024.

On demandera en outre une lecture cursive du recueil d’Yvon Le Men paru récemment aux éditions Bruno Doucey, Les continents sont des radeaux perdus.


https://www.ecoledeslettres.fr/fiches-pdf/parcours-sur-les-emancipations-creatrices-le-voyage-source-dinspiration/

vendredi 22 mars 2024

Le Journal d’Ève ou le triomphe d’une insoumise

Dans une parodie de la Genèse hilarante, Twain inverse le rapport homme femme et fait de la mère de tous les humains  une figure de la résistance plus attachée à sa liberté qu’à un paradis monotone.

Ève est sans doute, avec Huckleberry Finn, l’une des figures les plus attachantes des œuvres de Mark Twain. Les deux personnages ont plus d’un point commun, dépourvus de préjugés, ils sont libres, entreprenants, n’hésitent pas à se confronter au monde pour en tirer des leçons – parfois certes contestables – mais toujours fondées sur une expérience dans laquelle ils s’engagent sans réserve.

Au centre d’un monde nouveau

Publié en 1904, Le Journal d’Ève[1] prolonge, non sans contradictions le Journal d’Adam[2] rédigé une dizaine d’années plus tôt. Alors que le Journal d’Adam reprenait assez fidèlement le récit de la Genèse, Le Journal d’ Ève s’avère beaucoup plus elliptique, rien (ou presque) n’y est dit au sujet de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » : « J’ai essayé, écrit Ève pensant à Adam, de lui faire tomber quelques pommes, mais je ne suis pas bonne au lancer. Je les ai manquées, je crois quand même que l’intention lui a fait plaisir. Elles sont interdites, il dit que je vais m’attirer des ennuis, mais si c’est pour lui plaire, quelle importance ? » (p. 206-207). Voilà tout. De façon assez logique, Ève n’est pas dans la transgression puisque l’avertissement divin n’a été donné qu’à Adam, lequel se montre d’ailleurs peu loquace voire même fuyant à l’égard de sa compagne.

Sans rapport direct avec le créateur, Ève n’a pas de compte à rendre et prend le paradis pour un champ expérimental. Elle-même a parfaitement conscience d’être une « expérience » : « J’ai l’impression d’être une expérience. Je me sens vraiment comme une expérience. Personne ne peut se sentir plus expérimental que moi, au point que je suis convaincue d’en être une – d’expérience ; une expérience, rien de plus. Mais, si je suis une expérience, suis-je toute l’expérience ? Non. Je ne crois pas. À mon avis, le reste en fait aussi partie. J’en suis l’essentiel, mais le reste a sa part dans l’affaire. » Loin néanmoins de se sentir entravée par son statut d’« expérience », Ève prend immédiatement son destin en main. Elle se sent immédiatement sujet, au point de se questionner sur le fait de savoir si elle est « toute l’expérience ». La réponse qu’elle apporte est savoureuse : elle en est l’essentiel – voilà donc Adam relégué. Et si « le reste a sa part dans l’affaire », c’est bien Ève qui, en tant que sujet conscient, va s’emparer du monde comme objet.


https://www.ecoledeslettres.fr/fiches-pdf/le-journal-deve-ou-le-triomphe-dune-insoumise/



[1] On trouvera ce conte de Twain dans notre anthologie, Dénoncer les travers de la société, l’école des loisirs, 2019.

[2] La nouvelle est disponible en français dans le recueil intitulé Comment raconter une histoire (trad. de Chloé Thomas), Rivages poche, 2019.



mardi 3 octobre 2023

Les Cahiers de Douai d'Arthur Rimbaus, séquence première

À la recherche d’une langue nouvelle, Rimbaud utilise un lexique qu’il libère des exigences de bienséance propre à la poésie classique. Par les formes et l’esthétique, il emprunte aux Parnassiens, mais se rapproche du symbolisme, sans s’y associer complètement.

Séance 1. Rimbaud, une carrière poétique éphémère sous le Second Empire

Séance 2. «Ophélie» ou la tentation parnassienne

Séance 3. Quand Rimbaud s’exerce aux réécritures

Séance 4. Les maux de la guerre et de la religion, analyse linéaire du «Mal» 

Séance 5. Le poète, contempteur de la société

Séance 6. «Ma bohème», les ambiguïtés d’un sonnet moderne

Séance 7. Tradition et innovation chez Rimbaud

Séance 8. Entraînement à la question de grammaire

https://www.ecoledeslettres.fr/page/2/?s=St%C3%A9phane+Labbe&ct_post_type=post%3Afiches-pdf&ct_search_taxonomies=yes




lundi 4 septembre 2023

Le Tour du monde en quatre-vingts jours, séquence 5e 4e


Le Tour du monde en quatre-vingt jours
de Jules Verne est un récit plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Sa version abrégée s’avère particulièrement adaptée aux classes de collège. On peut viser, par son étude, le niveau cinquième dans lequel il est préconisé de « découvrir diverses formes de récits d’aventures, fictifs ou non » ou le niveau quatrième qui invite à aborder, « à travers des textes relevant des genres dramatique et romanesque, la confrontation des valeurs portées par les personnages » et à «  comprendre que la structure et le dynamisme de l’action dramatique ou romanesque, ont partie liée avec les conflits » de manière à faire saisir « les intérêts et les valeurs qu’ils mettent en jeu. » La séquence qui suit prend en compte ces deux aspects du récit, ajoutons qu’en quatrième elle pourra servir d’amorce à l’objet d’étude « Informer, s’informer, déformer ? », le périple de Phileas Fogg s’avérant riche en retentissements médiatiques ; tandis qu’en cinquième elle permettra d’aborder la question du regard sur « le monde », les héros verniens s’avérant particulièrement ethno-centrés. La séquence s’attache à montrer comment le roman d’aventures devient roman de formation, suscitant par là l’intérêt des jeunes lecteurs. Selon la classe dans laquelle le professeur abordera le roman, il mettra l’accent sur les éléments spécifiques au programme du niveau retenu.

In, L'Ecole des lettres, septembre 2023.

https://classiques.ecoledesloisirs.fr/livre/CLA-Le-Tour-du-Monde-en-quatre-vingts-jours


mardi 29 août 2023

Charlotte Brontë à la recherche de voies nouvelles

Avec un riche appareil critique, les deux récentes traductions de Shirley et Villette font apparaître un réalisme social inédit confinant au romantisme industriel dans le premier et, dans le second, la liberté absolue et la modernité de l’aînée de la fratrie. 

Les éditions Gallimard ont publié fin 2022 de nouvelles traductions des deux derniers romans de Charlotte Brontë, Shirley et Villette* achevant ainsi une publication de ce qui pourrait passer pour les œuvres complètes des Brontë. Signées Laurent Bury et Véronique Béghain, ces deux traductions sont d’autant plus appréciables que les deux romans n’avaient pas été revisités depuis les années cinquante. La préface générale de Laurent Bury, qui insiste sur le laboratoire que furent les Juvenilia (l’ensemble des œuvres de jeunesse, quantitativement plus importantes que la somme publiée du vivant des sœurs), est intéressante. Le traducteur montre notamment que les veines fantastique et réaliste coexistaient déjà dans ces écrits de jeunesse. Elle souligne également la dimension hétéroclite de ces « œuvres complètes » dont la publication s’est échelonnée sans réel souci de cohérence sur plus de vingt ans. Le second volume qui contenait certains épisodes de ces Juvenilia s’avérait bien trop sélectif, sachant que des épisodes majeurs comme The Green Dwarf ou Stancliffe’s Hotel y étaient ignorés. De la même manière, les choix très restreints effectués dans la poésie d’Emily ne permettaient pas de rendre compte de l’évolution d’une œuvre qui constitue sans doute le sommet de l’œuvre brontëenne. 

 Shirley ou le « romantisme industriel » 

Si l’on peut effectivement percevoir une continuité dans l’œuvre de Charlotte, l’aînée de la fratrie qui survécut à ses cadets décédés au cours de l’année 1848-1849, on aurait tort de sous-estimer le poids du deuil sur ces œuvres dites de la maturité. Charlotte Brontë a écrit toute sa vie, mais la mort de ses frère et sœurs (celle d’Emily particulièrement) l’a profondément déstabilisée. Elle alterne des périodes de dépression et d’hyperactivité qui rendent difficile l’élaboration de Shirley, le premier des deux romans publiés. La traduction alerte de Laurent Bury lui confère un certain rythme. Il faut pourtant reconnaître que ce roman peine à trouver sa dynamique et qu’on n’y retrouve pas les ressorts dramatiques qui avaient fait le succès de Jane Eyre.



vendredi 28 juillet 2023

Le Tour du monde en quatre-vingts jours

« Un jour, dira Jules Verne à des journalistes, j’ai pris un exemplaire du journal Le Siècle et j’y ai vu des calculs démontrant que le voyage autour du monde pouvait se faire en quatre-vingts jours. » On imagine aisément quelle tempête sous un crâne put déclencher cette lecture. Faire le tour du monde en quatre-vingt jours devenait possible ! Pour l’écrivain qui aimait voyager et avait fait bourlinguer tant de personnages à travers le monde entier, s’offrait là, l’occasion d’une expérience nouvelle, inédite. Ses personnages auraient à jongler non seulement avec les obstacles  géographiques mais aussi avec les impératifs temporels.

Effectuer le tour du monde en quatre-vingts jours en 1871 était de fait une performance qui pouvait manifester le triomphe de la technique sur la nature et  les éléments.  Les chemins de fers, les lignes de paquebots qui traversent les océans permettent théoriquement d’accomplir cette prouesse, Jules Verne va en faire la démonstration romanesque. Mais faire le tour du monde en quatre-vingts jours c’est aussi, d’une certaine manière, dire adieu à l’aventure. Dans ses romans antérieurs Jules Verne a envoyé ses personnages dans les zones blanches du globe terrestre, qu’ils aient cherché à gagner le centre de la terre, ou à suivre le parallèle de latitude 37°11’ ! Le monde semblait inépuisable, le voilà désormais circonscrit.

L’homme qui accomplira un tel exploit se doit d’ailleurs d’être exceptionnel, il lui faut faire preuve d’une exactitude métronomique, quel meilleur sujet qu’un de ces britanniques  méthodiques, routiniers et subitement excentriques que Jules Verne a pu observer au cours de ses voyages en Angleterre ? Phileas Fogg en sera la parfaite illustration : membre d’un club distingué, énigmatique et laconique, sa vie est réglée comme une horloge. Pour son nouveau serviteur, le français Jean Passepartout, Phileas Fogg est l’un de ces « anglais à sang froid », un « être bien équilibré dans toutes ses parties, justement pondéré, aussi parfait qu’un chronomètre. » Le serviteur inaugure, dans ce chapitre 2, la série des comparaisons et métaphores qui donnent à voir le héros du roman comme une machine.

(extrait de la préface)


Séquence disponible sur : https://www.ecoledeslettres.fr/fiches-pdf/le-tour-du-monde-en-quatre-vingts-jours-de-jules-verne-du-roman-daventures-au-roman-de-formation/


vendredi 23 juin 2023

Maurice ou le Cabanon du pêcheur, le conte perdu de Mary Shelley

 Égarée parmi les archives familiales depuis des générations, cette histoire d’enfant perdu séjournant chez un pêcheur serait le troisième roman de l’écrivaine. Petit paradis recouvert de lichen au bord de la falaise, la cabane symbolise la découverte de soi et la reconnaissance des autres. 

 Fuyant l’Angleterre puritaine en 1818 avec sa famille pour s’installer en Italie, Mary Shelley perd successivement sa fille d’un an, Clara, et son fils de trois ans, William. Elle sombre dans la dépression. Début 1820, elle donne naissance à un petit garçon, Percy Florence. Avec leur amie Claire Clairmont, qui le chaperonne depuis l’Angleterre, le couple Shelley s’installe à Pise où ils retrouvent le couple Mason, parents de deux filles, Laurette et Nerina. C’est certainement pendant cette période, après avoir écrit Mathilda1 , son deuxième roman, que Mary se lance dans l’écriture de Maurice ou le Cabanon du pêcheur. Une histoire d’enfant perdu et enlevé qui semble condenser tous les malheurs dont elle a souffert. Claire Tomalin affirme que le «journal italien de Mary Shelley mentionne qu’elle a bien écrit une histoire pour Laurette, le 10 août 18203 ». Ce que confirme la correspondance de Godwin qui a refusé de publier l’histoire de sa fille4 intitulée Maurice, l’estimant trop courte. Ensuite, Maurice a disparu. Claire Tomalin explique que c’est un courrier d’une certaine Christina Dazzi, épouse d’un descendant du couple Mason, qui l’a conduite en Italie pour authentifier le manuscrit, «Un petit livre de quelques pages cousues avec une ficelle », dédicacé ainsi: «Pour Laurette de la part de Mary Shelley.» L’ouvrage était resté dans les archives familiales depuis des générations. C’est Claire Tomalin qui assurera la première édition de Maurice or the Fisher’s Cot en 1998.




vendredi 31 mars 2023

Emily, de Frances O’Connor : âme révoltée dans les landes anglaises

Emily, de Frances O’Connor : âme révoltée dans les landes anglaises Bravant l’exactitude biographique pour se concentrer sur les élans et les émotions de la jeune autrice des Hauts de Hurlevent, la comédienne australienne signe un premier long métrage non pas fidèle, mais crédible et sensible. 

Avec Emily, il semble clair que la réalisatrice Frances O’Connor n’a pas recherché l’exactitude biographique. Le scénario compte un certain nombre d’erreurs, et son film est beaucoup plus éloigné de la vérité historique que ne l’était celui d’André Téchiné, Les Sœurs Brontë[1]. En revanche, la comédienne australienne, qui réalise ici son premier long métrage, propose le portrait d’une Emily Brontë romanesque et crédible.

Suite de l'article sur le site de l'école des lettres






vendredi 24 mars 2023

La science en question dans Le Rayon vert de Jules Verne

 Les « prolongements » aux lectures indicatives signalées dans Bulletin officiel spécial n°1 du 22 janvier 2019 suggèrent la lecture de l’un « Voyages extraordinaires » de Jules Verne pour illustrer la seconde grande thématique du programme : les représentations du monde. L’objet d’étude « Décrire, figurer, imaginer » semble si parfaitement caractériser l’œuvre de notre illustre romancier qu’il semble vain de chercher à justifier son utilisation en cours. Qui, mieux que Jules Verne, a su glorifier les vertus du progrès scientifique et la pensée positive dans les dernières décennies du XIXe siècle ? L’œuvre de Jules Verne est si bien assimilée au développement de la vulgarisation scientifique qu’on en a oublié qu’elle était avant tout une œuvre romanesque qui exalte l’imagination. Les instructions officielles invitant à explorer « le rôle de l’imagination et l’usage de la fiction dans le développement des savoirs sur la nature et sur l’homme », il nous a semblé intéressant de retenir une œuvre assez atypique du corpus vernien, Le Rayon vert[1], publié en 1862. La science y a certes sa place, et c’est en quête d’un mythe scientifique (le fameux rayon) que partent les protagonistes de notre histoire. Mais, elle y est aussi caricaturée, incarnée par un scientifique aussi sot que vain (le jeune Aristobulus Ursiclos dont le patronyme constitue à lui seul un programme) et finalement réduite au rang de faire valoir d’un imaginaire qui, prenant appui sur les croyances ancestrales de l’humanité, semble infiniment plus précieux que le discours desséchant d’un positivisme triomphant. L’œuvre pourra faire suite à l’étude d’un groupement de textes consacrés aux combats menés par Descartes, Kant et les philosophes du XVIIIe pour imposer le rationalisme dans l’Europe moderne.

https://nrp-lycee.nathan.fr/sequences/la-science-en-question-dans-le-rayon-vert-de-jules-verne/





 



[1] Nous utilisons pour cette étude la seule édition courante disponible du Rayon vert, le « Livre de Poche » n° 2060 publié en 2004.

samedi 17 décembre 2022

Little Women, roman autobiographique

Le premier volume de Little Women (titre original des Quatre filles du Docteur March) publié en 1868, n’enthousiasmait guère son auteur. Écrit à la demande de Thomas Niles, son éditeur, qui lui réclamait un « livre pour filles », Louisa Alcott a puisé la matière de son livre dans ses souvenirs d’enfance et situé l’univers de son intrigue dans la période récente de la guerre civile. Elle y raconte une année dans la vie d’une famille composée de la mère (surnommée Marmee) et de ses quatre filles (Meg, Jo, Beth et Amy), leurs joies, leurs difficultés, leurs peines, leurs aspirations, leurs craintes, en l’absence du père, le pasteur March qui a choisi d’assister les soldats, en tant qu’aumônier, sur le front. Louisa, habituée à fournir les intrigues tarabiscotées de romans sentimentaux et gothiques aux journaux n’est guère emballée par le résultat. Son éditeur trouve, lui aussi, que l’intrigue manque de relief et de rebondissements.

Vivianne Perret, dans sa biographie de Louisa May Alcott[1], raconte que c’est à la nièce de l’éditeur que nous devrons finalement Les quatre filles du Docteur March. Niles a l’idée de lui faire lire le roman : « Elle adora, mentionne la biographe. En ce qui le concernait, les lectrices étaient les meilleures des critiques. Niles en homme d’affaires perspicace était persuadé qu’il tenait en ses mains la poule aux œufs d’or. »1 L’avenir devait lui donner raison, Little Women fut le plus grand succès de Louisa M. Alcott, un phénomène comparable, pour le XIXe siècle, à celui d’Harry Potter – Pascale Voilley[2] rapporte que pendant « les trente ans qui suivirent la publication de la première partie du roman, l’éditeur Robert Brothers publia en tout 1 727 551 exemplaires des livres d’Alcott », ce qui, pour le XIXe siècle est considérable. Le roman connut des dizaines de tirages, fut adapté en pièce et L.-M. Alcott, qui n’avait jusque là réussi qu’à survivre de sa plume, accomplissait son rêve : donner un train de vie honorable à tous les membres de sa pittoresque famille.

Le roman familial

Le père

Car c’est bien de cette famille dont il est question dans le livre, à commencer par le père Bronson Alcott étrangement absent et devenu par un double mensonge docteur. La préface de Malika Ferdjoukh[3] explique comment le pasteur imaginé par Louisa est devenu docteur sous la plume de P.J. Stahl, le traducteur français (p. 7-8) ; l’anecdote est d’ailleurs passionnante. On pourra en outre se demander pourquoi la fille a choisi de transformer son pédagogue transcendentaliste de père en un pasteur engagé dans les rangs nordistes. Sans doute parce qu’elle nourrissait des sentiments ambivalents à l’égard dudit père. 

Suite dans 


https://www.ecoledeslettres.fr/magazine/2022-2023/n2-decembre-2022-fevrier-2023/

[1] Vivianne Perret, Louisa May Alcott. La mère des quatre filles du docteur March, 1832-1888, Vuibert, 2014.

[2] Pascale Voilley, Louisa May Alcott, Belin, 2001.

[3] L.M. Alcott, Les quatre filles du docteur March (initialement Les quatre filles du pasteur March), L’école des loisirs, 2009.

[4] Henry A. Beers, Four Americans, Chap. III, “A pilgrim in Concord”, Yale University Press, 1919.

[5] Henri David Thoreau, Gens de Concord, Le Mot et le Reste, 2021.

[6] Pilgrim’s Progess, (Le Voyage du pèlerin), est un ouvrage allégorique de Bunyan (1628-1688) qui a profondément influencé la foi protestante aux Etats-Unis, voir à ce sujet notre séquence, « Les Quatre filles du pasteur March de Louisa May Alcott », in L’École des lettres, n° 7-8, 2010-2011.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

samedi 19 février 2022

La question du genre dans "La Chute de la maison Usher"

La Chute de la maison Usher: Edgar Poe à la croisée des genres

Hésitation entre le surnaturel et le rationnel, cette nouvelle, parmi les plus populaires de l’écrivain américain, s’inscrit résolument dans le genre fantastique. Elle constitue aussi une charnière entre le roman gothique et l’orientation surréaliste 

La Chute de la maison Usher est l’un des contes les plus populaires et les plus commentés d’Edgar Poe. Publié dans le Burton’s Gentlemam’s Magazine en septembre 1839, puis dans les Tales of the Grotesque and the Arabesque l’année suivante, il représente la quintessence de son art. La poétique de Baudelaire a pu consister à porter à leur paroxysme certaines grandes tendances du romantisme lyrique ou frénétique tout en jetant les bases du symbolisme à venir. De même, l’art romanesque d’Edgar Poe s’est appuyé sur les rouages éprouvés du roman gothique et du récit fantastique pour amorcer une esthétique plus personnelle. Elle devait annoncer les grandes orientations de la littérature à venir, surréaliste notamment.

1. Du gothique au fantastique

2. Un récit policier

3. De la fantasy au rêve

L'école des lettres n° 3, février-avril 2022.




mercredi 22 décembre 2021

Les Lettres de la famille Brontë : sensibilité et fractures d'une fratrie de surdoués


Pour qui cherche à cerner le moi, ses manifestations, ses jeux ou ses dissimulations, la correspondance offre un terrain d’exploration particulièrement fécond. Les Lettres[1] de la famille Brontë traduites, il y a peu, par Constance Lacroix offrent la particularité de confronter le lecteur à une série de personnalités brillantes et originales qui permettront d’aborder deux des entrées préconisées par le programme de terminale dans le cadre de l’objet d’étude intitulé la « recherche de soi », les « expressions de la sensibilité » et les « métamorphoses du moi ». Les première et troisième séances s’attachent plus particulièrement à développer cette première entrée puisqu’elles sont consacrées à une approche de la sensibilité romantique et à la fascination qu’a pu exercer la plus passionnée des trois sœurs, Emily, auteure des Hauts de Hurle-Vent. Les deuxième et quatrième séances interrogent la question des mutations du moi dans le cadre du genre épistolaire et dans la perspective de la création romanesque, comment le moi se donne-t-il à voir selon le destinateur à qui le moi créateur s’adresse-t-il vraiment ?

La séquence pourra s’intercaler entre une première séquence consacrée à l’expression de la sensibilité romantique et une troisième centrée sur le thème du double en littérature éclairé par une approche psychanalytique. Le professeur aura demandé aux élèves de lire la correspondance des Brontë dans l’édition citée jusqu’à la page 348 (lettre 158 comprise). On pourra vérifier la lecture par le biais d’un qcm. Des volontaires auront été sollicités pour présenter un exposé sur l’un des romans phares de chacune des trois sœurs, Jane Eyre, Les Hauts de Hurle-Vent et La Dame de Wildfell Hall. On proposera, en évaluation, un écrit d’invention pour rompre avec le rituel des questions d’interprétation ou de réflexion dont la méthodologie ne pose pas de véritable problème.

Séquence destinées aux élèves de terminale spécialité HLP


https://nrp-lycee.nathan.fr/sequences/les-lettres-de-la-famille-bronte/

 



[1] Famille Brontë, Lettres, trad. de Constance Lacroix, Folio, 2020.

dimanche 20 janvier 2019

Mary Shelley ou l'encre noire de la mélancolie

Avec Frankenstein Mary Shelley propulsait l’esprit des Lumières dans le XIXe siècle, et sans doute ne le savait-elle pas, au-delà. Puisque son médecin illuminé et sa créature devaient embraser de leur lumière sombre tout l’imaginaire des deux siècles à venir.
 Il semble toutefois que ce ne soit moins la force du mythe qui ait intéressé la réalisatrice du bio pic Mary Shelley, Haifaa Al-Mansour, que les ressorts intimes de la création artistique. Dans un monde sans Dieu, le mythe importe moins que la vérité des êtres.

De la genèse des chefs d’œuvre 

Avec son Mary Shelley, plutôt mal accueilli par la critique, Haifaa Al-Mansour s’est livrée à un exercice que le cinéma hollywoodien semble affectionner depuis quelques années : décrire la genèse d’un chef d’œuvre. Ainsi John Madden en 1998, imaginait-il, de façon très fantaisiste, les origines de Roméo et Juliette dans Shakespeare in love ; en 2006, c’était au tour de Marc Foster de s’intéresser au Peter Pan de James Barrie dans Neverland, et récemment, en 2015, c’est à Moby Dick de Melville que s’attaquait Ron Howard avec Au cœur de l’Océan. Alors certes, il est question dans le film d’Haifaa Al-Mansour des influences extérieures qui ont pu stimuler l’imagination de la jeune Mary : le galvanisme, les séductions du roman gothique, l’aura que la littérature a conférée à ses parents écrivains, le fameux épisode de la villa Diodati où Byron devait lancer l’idée d’un concours d’écriture. Mais son film est avant tout un grand film sur le deuil, l’abandon et la résilience.

Quitte à provoquer une lecture un peu univoque de Frankenstein, la réalisatrice insiste avant tout sur les ressorts psychologiques qui ont conduit une jeune femme de dix-huit ans à concevoir cette étrange histoire de monstre abandonné par son créateur. Les premières images du film sont, à ce titre, éloquentes : alors que le générique déroule encore le casting, le spectateur entend les chuintements d’une plume qui égratigne un manuscrit, un ciel nuageux se dégage ; la phrase « There is something at work in my soul » (« Quelque chose est au travail dans mon âme ») s’y inscrit. La caméra saisit ensuite la jeune Mary Godwin Wollstonecraft qui lit un roman gothique sur la tombe de sa mère. En deux images, le lien est fait entre deuil et création.

https://www.ecoledeslettres.fr/mary-shelley-de-haifaa-al-mansour-ou-lencre-noire-de-la-melancolie/

Emily Brontë en France

Morte à trente ans, auteure d’un unique roman, Wuthering Heights (Les Hauts de Hurle-Vent en français) publié en 1847 et qui demeura longtemps dans l’ombre d’un autre chef d’œuvre, le Jane Eyre de sa sœur Charlotte, Emily Brontë est longtemps demeurée un mystère.

 Aujourd’hui sa silhouette fantomatique errant à jamais dans l’immensité de l’âpre lande où elle a situé la sombre intrigue de son roman, fait partie du folklore que des milliers de touristes vont, chaque année, chercher à Haworth, le village où elle a passé la quasi-totalité de sa brève existence.

L’Emily des biographes et essayistes

 Dans un pays qui s’est enthousiasmé pour le mythe du poète maudit soigneusement élaboré par Verlaine, son double féminin d’outre-Manche ne pouvait que rencontrer le succès. La première traduction de Wuthering Heights, le roman d’Emily Brontë, est due à Téodor de Wyzewa (1)  qui dans une longue préface cherche à percer les mystères de l’auteur de ce livre si étrange, qu’il a choisi d’intituler Un amant.

http://actualites.ecoledeslettres.fr/litteratures/emily-bronte-en-france/#more-27947