Révision
vendredi 7 novembre 2025
jeudi 9 octobre 2025
Adèle Hugo par Laura El Makki
Laura El Makki se penche sur les mystères qui enveloppent la vie de la fille de Victor Hugo, musicienne et féministe, de son exil à Jersey jusqu’à son internement au château de Suresnes. Le texte est préfacé par Isabelle Adjani qui l’a incarnée à l’écran.
Pour toute une génération, Adèle Hugo a eu le visage d’isabelle Adjani. Dans L’histoire d’Adèle H., réalisé par François Truffaut en 1975, la comédienne a su à merveille incarner les tourments, la déréliction et la folie de la fille du poète des Contemplations. C’est donc naturellement Isabelle Adjani qui écrit la préface du dernier ouvrage de Laura El Makki, Adèle Hugo, ses écrits, son histoire. L’actrice revient sur ce film monomaniaque où François Truffaut s’attachait à filmer le visage d’une jeune femme qui le fascinait : « Le visage de la fin, conclut-elle, le mien dans le film, celui de la folie et de l’internement, sera d’une pauvreté essentielle, comme une sorte d’état absolu de la chair que plus personne ne pourra, dès lors, ni atteindre, ni abandonner. » Là réside le drame d’Adèle, dans cet abandon qui n’est que le dernier d’une longue série.
Remplacer l’irremplaçable
Adèle Hugo finit-elle dans la folie ou fut-elle, comme bien des jeunes femmes de cette époque troublée, la victime d’une société qui ne pouvait reconnaître le désir féminin ? Les analogies entre la fille du poète et l’héroïne de Victoria Mass[1] sont troublantes : toutes deux communiquent avec les morts, toutes deux entretiennent un lien privilégié avec un frère sensible à leur isolement, toutes deux seront internées, mais là s’arrête la ressemblance. Adèle Hugo fut certes une victime, mais Laura El Makki pose la question autrement : « La folie dont ses contemporains et la postérité l’ont si facilement affublée n’était-elle pas plutôt une forme de mélancolie ou de dépression, nourrie par la dureté d’un exil qui a effacé tout horizon et toute interaction sociale, qui a célébré les absents quand les présents, eux ne demandaient qu’à vivre ? »
https://www.ecoledeslettres.fr/adele-hugo-ses-ecrits-son-histoire-de-laura-el-makki-biographie-illustree/
vendredi 21 février 2025
On ne badine pas avec l’amour : du proverbe à une nouvelle forme de tragique
Séance 1 : Situation de la pièce
[1] On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, édition de Florian Pennanech, « Classique et Cie », Hatier, 2024.
jeudi 16 janvier 2025
Audace et préjugés d'Alexis Karlins-Marchat
Jane Austen, Charlotte Brontë, Virginia Woolf, quatre oeuvres clés de la littérature qui sont autant d'étapes dans l'affirmation d'une pensée féministe, c'est ce que montre Alexis Karklins Marchat qui éclaire de façon particulièrement judicieuse ce parcours au coeur de la littérature anglaise. (article disponible en accès libre sur le site de l'école des l'École des lettres :
https://www.ecoledeslettres.fr/audace-prejuges-relecture-de-chefs-doeuvre-feministes/
mardi 17 décembre 2024
vendredi 15 novembre 2024
Lire Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo, aujourd’hui, du collège au lycée
Il y a peu, j’ai demandé à mes élèves de première de lire un roman évoquant le thème de la marginalité. Ils avaient le choix entre une trentaine de titres parmi lesquels figurait le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris. J’avais mis en garde les lecteurs peu entraînés. Il s’est malgré tout trouvé une demi-douzaine d’aventuriers pour explorer les arcanes du roman d’Hugo, cinq d’entre eux ont fini par abandonner. J’ai évidemment félicité la lectrice de fond qui avait effectué le parcours jusqu’au bout. Et, avec les autres, nous avons cherché les raisons de cet échec. La plupart ont évoqué le rythme du récit, une action qui tarde à démarrer, l’absence de héros ou d’héroïne immédiatement identifiable, les difficultés posées par une syntaxe parfois baroque, et la richesse d’un lexique un brin clinquant qui cherche la couleur locale. Bref, une écriture déroutante bien éloignée des standards d’aujourd’hui qui privilégient provocation et surprise. L’anecdote fait apparaître que la lecture de Victor Hugo, même en classe de première, devient difficile. Alors comment, dès lors, aborder ou faire lire une telle œuvre aujourd’hui ?
Confronté au problème, on songe tout de suite à l’ancienne pratique des morceaux choisis, Gallimard a d’ailleurs publié une anthologie[1] pertinente de Notre-Dame de Paris, commentée par Alain Goetz, lequel commence ainsi sa préface : « Hugo a interdit qu’on découpe ses textes en morceaux. En 1859, il écrit : “Les libraires [les éditeurs] qui, abusant du domaine public, tronqueront mes œuvres sous prétexte de choix, œuvres choisies, théâtre choisi, etc., etc., seront, je le leur dis d’avance, des imbéciles. J’existerai par l’ensemble.” Soit ! Hugo fait bien partie de ces « hommes océan », de ces génies dont il évoque l’existence dans la préface de son William Shakespeare. Mais il nous faut convenir que la plupart d’entre nous avons appris à nager en piscine, et l’on peut considérer que si des élèves de première n’en sont plus tout à fait au stade de l’apprentissage, on peut, sans remords, conseiller aux collégiens une anthologie ou une édition abrégée pour pallier la difficulté que posent longueurs et digressions dans les romans d’Hugo. Cela dit, il n’est pas pour autant certain que des collégiens parviendront à s’emparer seuls de l’excellente version abrégée de l’école des loisirs[2] (à laquelle nous nous référerons dans la première partie de l’article). Il faudra aussi que le professeur les aide, dessine des parcours, ait recours à la lecture à voix haute.
En cinquième : destins d’enfants trouvés
Notre-Dame de Paris est un roman qui convient parfaitement aux enjeux des classes de cinquième. La dimension historique autorise une approche interdisciplinaire, et le roman illustre avec pertinence l’objet d’étude « Avec autrui : familles, amis, réseaux ». Les deux figures héroïques du roman, la Esmeralda et Quasimodo, sont des « sans famille », des enfants adoptés. L’un et l’autre seront d’ailleurs cause de la ruine de leurs familles d’adoption respectives. Il est, dès lors, tout à fait possible de montrer comment se dessine ce double parcours dans le roman. La Esmeralda est immédiatement liée à la cour des Miracles dont elle constitue, par son innocence et sa pureté, un paradoxe et un motif de fierté. Le professeur peut lire à voix haute les premiers chapitres du livre II (pages 35 à 50) qui permettent de familiariser le lecteur avec la vision fantasmagorique que Victor Hugo donne à ce lieu. Il invite les élèves à lire le livre IV qui rapporte l’adoption de Quasimodo, et le troisième chapitre du livre VI qui raconte en quelles circonstances la petite Esmeralda (appelée alors Agnès) est enlevée à sa mère.
Il s’agit ensuite de montrer comment le romancier a tissé les fils croisés de deux destinées fatales, l’emprisonnement de la Esmeralda dans les tours de Notre-Dame suscite le soulèvement de la cour des Miracles et son anéantissement par les troupes du roi. L’amour désespéré de Quasimodo pour la belle bohémienne le conduira à balancer son père adoptif par-dessus les balustrades du haut des tours de la cathédrale.
vendredi 14 juin 2024
Parcours sur les émancipations créatrices : le voyage, source d’inspiration
La question de l’émancipation est au cœur de la poésie rimbaldienne, on a pu le voir avec la séquence que nous lui avons consacrée. Partant d’une poésie proche de la poésie parnassienne le jeune Rimbaud s’affranchit peu à peu des règles et tourne en dérision la figure du poète dans « Ma bohème ». Avec Une saison en enfer et Les illuminations, il adoptera la forme du poème en prose ou le vers libre pour manifester la trajectoire fulgurante d’un jeune homme qui traverse les aléas de l’existence en choisissant la démarche poétique pour idéal et en y renonçant pour vivre malgré tout. Au poète fugueur succède l’homme des grands voyages qui parcourt l’Europe à pied pour finir en Abyssinie. La thématique des voyages était au cœur de sa poésie, l’objet de notre groupement de texte sera d’interroger le lien que le poète semble susciter spontanément entre poésie et émancipation. Il s’agira donc moins d’interroger la question de l’émancipation formelle (qui peut néanmoins être abordée) que de s’intéresser à la manière dont les poètes envisagent le voyage. Pour rester dans le cadre du programme de première nous n’utilisons que des œuvres des XIXe, XXe et XXIe siècles.
Baudelaire, « Un hémisphère
dans une chevelure », Le Spleen de
Paris, 1869 ;
Laforgue, « Complainte
de la lune en province », Les Complaintes,
1885 ;
Mallarmé, « Brise Marine »,
Poésies, 1887 ;
Cendrars, ouverte de La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne
de France, 1913
Segalen, Poème LIII extrait
de Tibet (1919), 1979 ;
Yvon Le Men, « Dans le train qui va de Cluj-Napoca à Timişoara », Les continents sont des radeaux perdus, 2024.
On demandera en outre une
lecture cursive du recueil d’Yvon Le Men paru récemment aux éditions Bruno
Doucey, Les continents sont des radeaux
perdus.
vendredi 22 mars 2024
Le Journal d’Ève ou le triomphe d’une insoumise
Ève est sans doute, avec Huckleberry Finn, l’une des figures les plus attachantes des œuvres de Mark Twain. Les deux personnages ont plus d’un point commun, dépourvus de préjugés, ils sont libres, entreprenants, n’hésitent pas à se confronter au monde pour en tirer des leçons – parfois certes contestables – mais toujours fondées sur une expérience dans laquelle ils s’engagent sans réserve.
Au centre d’un monde nouveau
Publié en 1904, Le Journal d’Ève[1] prolonge, non sans contradictions le Journal d’Adam[2] rédigé une dizaine d’années plus tôt. Alors que le Journal d’Adam reprenait assez fidèlement le récit de la Genèse, Le Journal d’ Ève s’avère beaucoup plus elliptique, rien (ou presque) n’y est dit au sujet de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » : « J’ai essayé, écrit Ève pensant à Adam, de lui faire tomber quelques pommes, mais je ne suis pas bonne au lancer. Je les ai manquées, je crois quand même que l’intention lui a fait plaisir. Elles sont interdites, il dit que je vais m’attirer des ennuis, mais si c’est pour lui plaire, quelle importance ? » (p. 206-207). Voilà tout. De façon assez logique, Ève n’est pas dans la transgression puisque l’avertissement divin n’a été donné qu’à Adam, lequel se montre d’ailleurs peu loquace voire même fuyant à l’égard de sa compagne.
Sans rapport direct avec le créateur, Ève n’a pas de compte à rendre et prend le paradis pour un champ expérimental. Elle-même a parfaitement conscience d’être une « expérience » : « J’ai l’impression d’être une expérience. Je me sens vraiment comme une expérience. Personne ne peut se sentir plus expérimental que moi, au point que je suis convaincue d’en être une – d’expérience ; une expérience, rien de plus. Mais, si je suis une expérience, suis-je toute l’expérience ? Non. Je ne crois pas. À mon avis, le reste en fait aussi partie. J’en suis l’essentiel, mais le reste a sa part dans l’affaire. » Loin néanmoins de se sentir entravée par son statut d’« expérience », Ève prend immédiatement son destin en main. Elle se sent immédiatement sujet, au point de se questionner sur le fait de savoir si elle est « toute l’expérience ». La réponse qu’elle apporte est savoureuse : elle en est l’essentiel – voilà donc Adam relégué. Et si « le reste a sa part dans l’affaire », c’est bien Ève qui, en tant que sujet conscient, va s’emparer du monde comme objet.
https://www.ecoledeslettres.fr/fiches-pdf/le-journal-deve-ou-le-triomphe-dune-insoumise/
mardi 3 octobre 2023
Les Cahiers de Douai d'Arthur Rimbaus, séquence première
À la recherche d’une langue nouvelle, Rimbaud utilise un lexique qu’il libère des exigences de bienséance propre à la poésie classique. Par les formes et l’esthétique, il emprunte aux Parnassiens, mais se rapproche du symbolisme, sans s’y associer complètement.
Séance 1. Rimbaud, une carrière poétique éphémère sous le Second Empire
Séance 2. «Ophélie» ou la tentation parnassienne
Séance 3. Quand Rimbaud s’exerce aux réécritures
Séance 4. Les maux de la guerre et de la religion, analyse linéaire du «Mal»
Séance 5. Le poète, contempteur de la société
Séance 6. «Ma bohème», les ambiguïtés d’un sonnet moderne
Séance 7. Tradition et innovation chez Rimbaud
Séance 8. Entraînement à la question de grammaire
lundi 4 septembre 2023
Le Tour du monde en quatre-vingts jours, séquence 5e 4e
Le Tour du monde en quatre-vingt jours de Jules Verne est un récit plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Sa version abrégée s’avère particulièrement adaptée aux classes de collège. On peut viser, par son étude, le niveau cinquième dans lequel il est préconisé de « découvrir diverses formes de récits d’aventures, fictifs ou non » ou le niveau quatrième qui invite à aborder, « à travers des textes relevant des genres dramatique et romanesque, la confrontation des valeurs portées par les personnages » et à « comprendre que la structure et le dynamisme de l’action dramatique ou romanesque, ont partie liée avec les conflits » de manière à faire saisir « les intérêts et les valeurs qu’ils mettent en jeu. » La séquence qui suit prend en compte ces deux aspects du récit, ajoutons qu’en quatrième elle pourra servir d’amorce à l’objet d’étude « Informer, s’informer, déformer ? », le périple de Phileas Fogg s’avérant riche en retentissements médiatiques ; tandis qu’en cinquième elle permettra d’aborder la question du regard sur « le monde », les héros verniens s’avérant particulièrement ethno-centrés. La séquence s’attache à montrer comment le roman d’aventures devient roman de formation, suscitant par là l’intérêt des jeunes lecteurs. Selon la classe dans laquelle le professeur abordera le roman, il mettra l’accent sur les éléments spécifiques au programme du niveau retenu.
In, L'Ecole des lettres, septembre 2023.
https://classiques.ecoledesloisirs.fr/livre/CLA-Le-Tour-du-Monde-en-quatre-vingts-jours
mardi 29 août 2023
Charlotte Brontë à la recherche de voies nouvelles
vendredi 28 juillet 2023
Le Tour du monde en quatre-vingts jours
« Un jour, dira Jules Verne à des journalistes, j’ai pris un exemplaire du journal Le Siècle et j’y ai vu des calculs démontrant que le voyage autour du monde pouvait se faire en quatre-vingts jours. » On imagine aisément quelle tempête sous un crâne put déclencher cette lecture. Faire le tour du monde en quatre-vingt jours devenait possible ! Pour l’écrivain qui aimait voyager et avait fait bourlinguer tant de personnages à travers le monde entier, s’offrait là, l’occasion d’une expérience nouvelle, inédite. Ses personnages auraient à jongler non seulement avec les obstacles géographiques mais aussi avec les impératifs temporels.
Effectuer le tour du monde en quatre-vingts jours en 1871 était de fait une performance qui pouvait manifester le triomphe de la technique sur la nature et les éléments. Les chemins de fers, les lignes de paquebots qui traversent les océans permettent théoriquement d’accomplir cette prouesse, Jules Verne va en faire la démonstration romanesque. Mais faire le tour du monde en quatre-vingts jours c’est aussi, d’une certaine manière, dire adieu à l’aventure. Dans ses romans antérieurs Jules Verne a envoyé ses personnages dans les zones blanches du globe terrestre, qu’ils aient cherché à gagner le centre de la terre, ou à suivre le parallèle de latitude 37°11’ ! Le monde semblait inépuisable, le voilà désormais circonscrit.
L’homme qui accomplira un tel exploit se doit d’ailleurs d’être exceptionnel, il lui faut faire preuve d’une exactitude métronomique, quel meilleur sujet qu’un de ces britanniques méthodiques, routiniers et subitement excentriques que Jules Verne a pu observer au cours de ses voyages en Angleterre ? Phileas Fogg en sera la parfaite illustration : membre d’un club distingué, énigmatique et laconique, sa vie est réglée comme une horloge. Pour son nouveau serviteur, le français Jean Passepartout, Phileas Fogg est l’un de ces « anglais à sang froid », un « être bien équilibré dans toutes ses parties, justement pondéré, aussi parfait qu’un chronomètre. » Le serviteur inaugure, dans ce chapitre 2, la série des comparaisons et métaphores qui donnent à voir le héros du roman comme une machine.
(extrait de la préface)
Séquence disponible sur : https://www.ecoledeslettres.fr/fiches-pdf/le-tour-du-monde-en-quatre-vingts-jours-de-jules-verne-du-roman-daventures-au-roman-de-formation/
vendredi 23 juin 2023
Maurice ou le Cabanon du pêcheur, le conte perdu de Mary Shelley
vendredi 31 mars 2023
Emily, de Frances O’Connor : âme révoltée dans les landes anglaises
vendredi 24 mars 2023
La science en question dans Le Rayon vert de Jules Verne
Les « prolongements » aux lectures indicatives signalées dans Bulletin officiel spécial n°1 du 22 janvier 2019 suggèrent la lecture de l’un « Voyages extraordinaires » de Jules Verne pour illustrer la seconde grande thématique du programme : les représentations du monde. L’objet d’étude « Décrire, figurer, imaginer » semble si parfaitement caractériser l’œuvre de notre illustre romancier qu’il semble vain de chercher à justifier son utilisation en cours. Qui, mieux que Jules Verne, a su glorifier les vertus du progrès scientifique et la pensée positive dans les dernières décennies du XIXe siècle ? L’œuvre de Jules Verne est si bien assimilée au développement de la vulgarisation scientifique qu’on en a oublié qu’elle était avant tout une œuvre romanesque qui exalte l’imagination. Les instructions officielles invitant à explorer « le rôle de l’imagination et l’usage de la fiction dans le développement des savoirs sur la nature et sur l’homme », il nous a semblé intéressant de retenir une œuvre assez atypique du corpus vernien, Le Rayon vert[1], publié en 1862. La science y a certes sa place, et c’est en quête d’un mythe scientifique (le fameux rayon) que partent les protagonistes de notre histoire. Mais, elle y est aussi caricaturée, incarnée par un scientifique aussi sot que vain (le jeune Aristobulus Ursiclos dont le patronyme constitue à lui seul un programme) et finalement réduite au rang de faire valoir d’un imaginaire qui, prenant appui sur les croyances ancestrales de l’humanité, semble infiniment plus précieux que le discours desséchant d’un positivisme triomphant. L’œuvre pourra faire suite à l’étude d’un groupement de textes consacrés aux combats menés par Descartes, Kant et les philosophes du XVIIIe pour imposer le rationalisme dans l’Europe moderne.
https://nrp-lycee.nathan.fr/sequences/la-science-en-question-dans-le-rayon-vert-de-jules-verne/
[1] Nous utilisons pour cette étude la seule édition courante disponible du Rayon vert, le « Livre de Poche » n° 2060 publié en 2004.
samedi 17 décembre 2022
Little Women, roman autobiographique
Le premier volume de Little Women (titre original des Quatre filles du Docteur March) publié en 1868, n’enthousiasmait guère son auteur. Écrit à la demande de Thomas Niles, son éditeur, qui lui réclamait un « livre pour filles », Louisa Alcott a puisé la matière de son livre dans ses souvenirs d’enfance et situé l’univers de son intrigue dans la période récente de la guerre civile. Elle y raconte une année dans la vie d’une famille composée de la mère (surnommée Marmee) et de ses quatre filles (Meg, Jo, Beth et Amy), leurs joies, leurs difficultés, leurs peines, leurs aspirations, leurs craintes, en l’absence du père, le pasteur March qui a choisi d’assister les soldats, en tant qu’aumônier, sur le front. Louisa, habituée à fournir les intrigues tarabiscotées de romans sentimentaux et gothiques aux journaux n’est guère emballée par le résultat. Son éditeur trouve, lui aussi, que l’intrigue manque de relief et de rebondissements.
Vivianne Perret, dans sa biographie de Louisa May Alcott[1], raconte que c’est à la nièce de l’éditeur que nous devrons finalement Les quatre filles du Docteur March. Niles a l’idée de lui faire lire le roman : « Elle adora, mentionne la biographe. En ce qui le concernait, les lectrices étaient les meilleures des critiques. Niles en homme d’affaires perspicace était persuadé qu’il tenait en ses mains la poule aux œufs d’or. »1 L’avenir devait lui donner raison, Little Women fut le plus grand succès de Louisa M. Alcott, un phénomène comparable, pour le XIXe siècle, à celui d’Harry Potter – Pascale Voilley[2] rapporte que pendant « les trente ans qui suivirent la publication de la première partie du roman, l’éditeur Robert Brothers publia en tout 1 727 551 exemplaires des livres d’Alcott », ce qui, pour le XIXe siècle est considérable. Le roman connut des dizaines de tirages, fut adapté en pièce et L.-M. Alcott, qui n’avait jusque là réussi qu’à survivre de sa plume, accomplissait son rêve : donner un train de vie honorable à tous les membres de sa pittoresque famille.
Le roman familial
Le père
Car c’est bien de cette famille dont il est question dans le livre, à commencer par le père Bronson Alcott étrangement absent et devenu par un double mensonge docteur. La préface de Malika Ferdjoukh[3] explique comment le pasteur imaginé par Louisa est devenu docteur sous la plume de P.J. Stahl, le traducteur français (p. 7-8) ; l’anecdote est d’ailleurs passionnante. On pourra en outre se demander pourquoi la fille a choisi de transformer son pédagogue transcendentaliste de père en un pasteur engagé dans les rangs nordistes. Sans doute parce qu’elle nourrissait des sentiments ambivalents à l’égard dudit père.
Suite dans
[1] Vivianne Perret, Louisa May Alcott. La mère des quatre filles du docteur March, 1832-1888, Vuibert, 2014.
[2] Pascale Voilley, Louisa May Alcott, Belin, 2001.
[3] L.M. Alcott, Les quatre filles du docteur March (initialement Les quatre filles du pasteur March), L’école des loisirs, 2009.
[4] Henry A. Beers, Four Americans, Chap. III, “A pilgrim in
Concord”, Yale University Press, 1919.
[5] Henri David Thoreau, Gens de Concord, Le Mot et le Reste, 2021.
[6] Pilgrim’s Progess, (Le Voyage du pèlerin), est un ouvrage allégorique de Bunyan (1628-1688) qui a profondément influencé la foi protestante aux Etats-Unis, voir à ce sujet notre séquence, « Les Quatre filles du pasteur March de Louisa May Alcott », in L’École des lettres, n° 7-8, 2010-2011.
samedi 19 février 2022
La question du genre dans "La Chute de la maison Usher"
La Chute de la maison Usher: Edgar
Poe à la croisée des genres
Hésitation entre le surnaturel et le rationnel, cette nouvelle, parmi les plus populaires de l’écrivain américain, s’inscrit résolument dans le genre fantastique. Elle constitue aussi une charnière entre le roman gothique et l’orientation surréaliste
La Chute de la maison Usher est l’un des contes les plus populaires et les plus commentés d’Edgar Poe. Publié dans le Burton’s Gentlemam’s Magazine en septembre 1839, puis dans les Tales of the Grotesque and the Arabesque l’année suivante, il représente la quintessence de son art. La poétique de Baudelaire a pu consister à porter à leur paroxysme certaines grandes tendances du romantisme lyrique ou frénétique tout en jetant les bases du symbolisme à venir. De même, l’art romanesque d’Edgar Poe s’est appuyé sur les rouages éprouvés du roman gothique et du récit fantastique pour amorcer une esthétique plus personnelle. Elle devait annoncer les grandes orientations de la littérature à venir, surréaliste notamment.
1. Du gothique au fantastique
2. Un récit policier
3. De la fantasy au rêve
L'école des lettres n° 3, février-avril 2022.
mercredi 22 décembre 2021
Les Lettres de la famille Brontë : sensibilité et fractures d'une fratrie de surdoués
Pour qui cherche à cerner le moi, ses manifestations, ses jeux ou ses dissimulations, la correspondance offre un terrain d’exploration particulièrement fécond. Les Lettres[1] de la famille Brontë traduites, il y a peu, par Constance Lacroix offrent la particularité de confronter le lecteur à une série de personnalités brillantes et originales qui permettront d’aborder deux des entrées préconisées par le programme de terminale dans le cadre de l’objet d’étude intitulé la « recherche de soi », les « expressions de la sensibilité » et les « métamorphoses du moi ». Les première et troisième séances s’attachent plus particulièrement à développer cette première entrée puisqu’elles sont consacrées à une approche de la sensibilité romantique et à la fascination qu’a pu exercer la plus passionnée des trois sœurs, Emily, auteure des Hauts de Hurle-Vent. Les deuxième et quatrième séances interrogent la question des mutations du moi dans le cadre du genre épistolaire et dans la perspective de la création romanesque, comment le moi se donne-t-il à voir selon le destinateur à qui le moi créateur s’adresse-t-il vraiment ?
La séquence pourra s’intercaler entre une première séquence consacrée à l’expression de la sensibilité romantique et une troisième centrée sur le thème du double en littérature éclairé par une approche psychanalytique. Le professeur aura demandé aux élèves de lire la correspondance des Brontë dans l’édition citée jusqu’à la page 348 (lettre 158 comprise). On pourra vérifier la lecture par le biais d’un qcm. Des volontaires auront été sollicités pour présenter un exposé sur l’un des romans phares de chacune des trois sœurs, Jane Eyre, Les Hauts de Hurle-Vent et La Dame de Wildfell Hall. On proposera, en évaluation, un écrit d’invention pour rompre avec le rituel des questions d’interprétation ou de réflexion dont la méthodologie ne pose pas de véritable problème.
Séquence destinées aux élèves de terminale spécialité HLP
https://nrp-lycee.nathan.fr/sequences/les-lettres-de-la-famille-bronte/
dimanche 20 janvier 2019
Mary Shelley ou l'encre noire de la mélancolie
Il semble toutefois que ce ne soit moins la force du mythe qui ait intéressé la réalisatrice du bio pic Mary Shelley, Haifaa Al-Mansour, que les ressorts intimes de la création artistique. Dans un monde sans Dieu, le mythe importe moins que la vérité des êtres.
De la genèse des chefs d’œuvre
Avec son Mary Shelley, plutôt mal accueilli par la critique, Haifaa Al-Mansour s’est livrée à un exercice que le cinéma hollywoodien semble affectionner depuis quelques années : décrire la genèse d’un chef d’œuvre. Ainsi John Madden en 1998, imaginait-il, de façon très fantaisiste, les origines de Roméo et Juliette dans Shakespeare in love ; en 2006, c’était au tour de Marc Foster de s’intéresser au Peter Pan de James Barrie dans Neverland, et récemment, en 2015, c’est à Moby Dick de Melville que s’attaquait Ron Howard avec Au cœur de l’Océan. Alors certes, il est question dans le film d’Haifaa Al-Mansour des influences extérieures qui ont pu stimuler l’imagination de la jeune Mary : le galvanisme, les séductions du roman gothique, l’aura que la littérature a conférée à ses parents écrivains, le fameux épisode de la villa Diodati où Byron devait lancer l’idée d’un concours d’écriture. Mais son film est avant tout un grand film sur le deuil, l’abandon et la résilience.
Quitte à provoquer une lecture un peu univoque de Frankenstein, la réalisatrice insiste avant tout sur les ressorts psychologiques qui ont conduit une jeune femme de dix-huit ans à concevoir cette étrange histoire de monstre abandonné par son créateur. Les premières images du film sont, à ce titre, éloquentes : alors que le générique déroule encore le casting, le spectateur entend les chuintements d’une plume qui égratigne un manuscrit, un ciel nuageux se dégage ; la phrase « There is something at work in my soul » (« Quelque chose est au travail dans mon âme ») s’y inscrit. La caméra saisit ensuite la jeune Mary Godwin Wollstonecraft qui lit un roman gothique sur la tombe de sa mère. En deux images, le lien est fait entre deuil et création.
https://www.ecoledeslettres.fr/mary-shelley-de-haifaa-al-mansour-ou-lencre-noire-de-la-melancolie/
Emily Brontë en France
Aujourd’hui sa silhouette fantomatique errant à jamais dans l’immensité de l’âpre lande où elle a situé la sombre intrigue de son roman, fait partie du folklore que des milliers de touristes vont, chaque année, chercher à Haworth, le village où elle a passé la quasi-totalité de sa brève existence.
L’Emily des biographes et essayistes
Dans un pays qui s’est enthousiasmé pour le mythe du poète maudit soigneusement élaboré par Verlaine, son double féminin d’outre-Manche ne pouvait que rencontrer le succès. La première traduction de Wuthering Heights, le roman d’Emily Brontë, est due à Téodor de Wyzewa (1) qui dans une longue préface cherche à percer les mystères de l’auteur de ce livre si étrange, qu’il a choisi d’intituler Un amant.
http://actualites.ecoledeslettres.fr/litteratures/emily-bronte-en-france/#more-27947




















