Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.

vendredi 24 mars 2023

La science en question dans Le Rayon vert de Jules Verne

 Les « prolongements » aux lectures indicatives signalées dans Bulletin officiel spécial n°1 du 22 janvier 2019 suggèrent la lecture de l’un « Voyages extraordinaires » de Jules Verne pour illustrer la seconde grande thématique du programme : les représentations du monde. L’objet d’étude « Décrire, figurer, imaginer » semble si parfaitement caractériser l’œuvre de notre illustre romancier qu’il semble vain de chercher à justifier son utilisation en cours. Qui, mieux que Jules Verne, a su glorifier les vertus du progrès scientifique et la pensée positive dans les dernières décennies du XIXe siècle ? L’œuvre de Jules Verne est si bien assimilée au développement de la vulgarisation scientifique qu’on en a oublié qu’elle était avant tout une œuvre romanesque qui exalte l’imagination. Les instructions officielles invitant à explorer « le rôle de l’imagination et l’usage de la fiction dans le développement des savoirs sur la nature et sur l’homme », il nous a semblé intéressant de retenir une œuvre assez atypique du corpus vernien, Le Rayon vert[1], publié en 1862. La science y a certes sa place, et c’est en quête d’un mythe scientifique (le fameux rayon) que partent les protagonistes de notre histoire. Mais, elle y est aussi caricaturée, incarnée par un scientifique aussi sot que vain (le jeune Aristobulus Ursiclos dont le patronyme constitue à lui seul un programme) et finalement réduite au rang de faire valoir d’un imaginaire qui, prenant appui sur les croyances ancestrales de l’humanité, semble infiniment plus précieux que le discours desséchant d’un positivisme triomphant. L’œuvre pourra faire suite à l’étude d’un groupement de textes consacrés aux combats menés par Descartes, Kant et les philosophes du XVIIIe pour imposer le rationalisme dans l’Europe moderne.

https://nrp-lycee.nathan.fr/sequences/la-science-en-question-dans-le-rayon-vert-de-jules-verne/





 



[1] Nous utilisons pour cette étude la seule édition courante disponible du Rayon vert, le « Livre de Poche » n° 2060 publié en 2004.

samedi 17 décembre 2022

Little Women, roman autobiographique

Le premier volume de Little Women (titre original des Quatre filles du Docteur March) publié en 1868, n’enthousiasmait guère son auteur. Écrit à la demande de Thomas Niles, son éditeur, qui lui réclamait un « livre pour filles », Louisa Alcott a puisé la matière de son livre dans ses souvenirs d’enfance et situé l’univers de son intrigue dans la période récente de la guerre civile. Elle y raconte une année dans la vie d’une famille composée de la mère (surnommée Marmee) et de ses quatre filles (Meg, Jo, Beth et Amy), leurs joies, leurs difficultés, leurs peines, leurs aspirations, leurs craintes, en l’absence du père, le pasteur March qui a choisi d’assister les soldats, en tant qu’aumônier, sur le front. Louisa, habituée à fournir les intrigues tarabiscotées de romans sentimentaux et gothiques aux journaux n’est guère emballée par le résultat. Son éditeur trouve, lui aussi, que l’intrigue manque de relief et de rebondissements.

Vivianne Perret, dans sa biographie de Louisa May Alcott[1], raconte que c’est à la nièce de l’éditeur que nous devrons finalement Les quatre filles du Docteur March. Niles a l’idée de lui faire lire le roman : « Elle adora, mentionne la biographe. En ce qui le concernait, les lectrices étaient les meilleures des critiques. Niles en homme d’affaires perspicace était persuadé qu’il tenait en ses mains la poule aux œufs d’or. »1 L’avenir devait lui donner raison, Little Women fut le plus grand succès de Louisa M. Alcott, un phénomène comparable, pour le XIXe siècle, à celui d’Harry Potter – Pascale Voilley[2] rapporte que pendant « les trente ans qui suivirent la publication de la première partie du roman, l’éditeur Robert Brothers publia en tout 1 727 551 exemplaires des livres d’Alcott », ce qui, pour le XIXe siècle est considérable. Le roman connut des dizaines de tirages, fut adapté en pièce et L.-M. Alcott, qui n’avait jusque là réussi qu’à survivre de sa plume, accomplissait son rêve : donner un train de vie honorable à tous les membres de sa pittoresque famille.

Le roman familial

Le père

Car c’est bien de cette famille dont il est question dans le livre, à commencer par le père Bronson Alcott étrangement absent et devenu par un double mensonge docteur. La préface de Malika Ferdjoukh[3] explique comment le pasteur imaginé par Louisa est devenu docteur sous la plume de P.J. Stahl, le traducteur français (p. 7-8) ; l’anecdote est d’ailleurs passionnante. On pourra en outre se demander pourquoi la fille a choisi de transformer son pédagogue transcendentaliste de père en un pasteur engagé dans les rangs nordistes. Sans doute parce qu’elle nourrissait des sentiments ambivalents à l’égard dudit père. 

Suite dans 


https://www.ecoledeslettres.fr/magazine/2022-2023/n2-decembre-2022-fevrier-2023/

[1] Vivianne Perret, Louisa May Alcott. La mère des quatre filles du docteur March, 1832-1888, Vuibert, 2014.

[2] Pascale Voilley, Louisa May Alcott, Belin, 2001.

[3] L.M. Alcott, Les quatre filles du docteur March (initialement Les quatre filles du pasteur March), L’école des loisirs, 2009.

[4] Henry A. Beers, Four Americans, Chap. III, “A pilgrim in Concord”, Yale University Press, 1919.

[5] Henri David Thoreau, Gens de Concord, Le Mot et le Reste, 2021.

[6] Pilgrim’s Progess, (Le Voyage du pèlerin), est un ouvrage allégorique de Bunyan (1628-1688) qui a profondément influencé la foi protestante aux Etats-Unis, voir à ce sujet notre séquence, « Les Quatre filles du pasteur March de Louisa May Alcott », in L’École des lettres, n° 7-8, 2010-2011.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

samedi 3 décembre 2022

"The night wind" d'Emily Brontë

In summer's mellow midnight 
A cloudless moon shone through 
The open parlour window 
And rose trees wet with dew – 

 I sat in silent musing - 
The soft wind waved my hair 
I told me heaven was glorious 
And sleeping earth was fair - 

 I needed not its breathing 
To bring such thoughts to me 
But still it whispered lowly 
How dark the woods will be ! - 

The thick leaves in my murmur 
Are rustling like a dream 
And all their myriad voices 
Instinct with spirit seem 

I said go gently singer 
Thy wooing voice is kind 
But do not think its music 
Has power to reach my mind 

 Play with the scented flower 
The young tree's supple bough 
And leave my human feelings 
In their own course to flow 

The wanderer would not leave me 
Its kiss grew warmer still 
Oh come it sighed so sweetly 
I'll win thee 'gainst thy will 

Have we not been from childhood friends? 
Have I not loved thee long? 
As long as though has't loved the night 
Whose silence wakes my song 

And when thy heart is laid at rest 
Beneath the church yard stone 
I shall have time no more to mourn 
And thou to be alone

Par une langoureuse nuit d’été,
La lune d'un ciel sans nuage brillait
Par la fenêtre ouverte du salon
Et les rosiers humides de rosée –

Assise, je songeais en silence –
Le vent qui jouait dans mes cheveux
Me révélait la splendeur des cieux
Et la beauté de la terre assoupie –

Il ne m’était nul besoin de son souffle
Pour cultiver de telles réflexions
Mais doucement, il murmurait encore :
« Combien les bois vont s’assombrir -

« Les feuillages épais sous mes murmures
Se mettent à bruire comme en un rêve
Et les myriades de leurs voix semblent
Révéler les instincts d’une âme »

J’ai dit « va-t-en gentil chanteur
Ta voix enjôleuse est charmante
Mais ne va pas croire que sa musique
Ait le pouvoir de gagner mon esprit -

« Joue avec la fleur aux mille senteurs,
Avec les branches de l’arbre juvénile –
Et laisse mon humanité
Suivre le cours de ses sentiments. »

Le vagabond ne m’aurait pas quittée
Son baiser s’est fait plus pressant encore
Oh viens soupirait-il si gentiment
Que tu le veuilles ou non tu sera mienne

Ne sommes nous pas amis depuis l’enfance ?
Ne t’ai-je pas aimée tout ce temps ?
D’aussi longtemps que tu aimes la nuit
Dont le silence éveille ma chanson

Et quand ton cœur résidant au repos,
Sous la lame près de l’église
J’aurais tout le temps de me plaindre
Et toi de goûter ta solitude.

Emily Brontë, Poems, 1850.

Ill. Isabelle Adjani dans le rôle d'E. Brontë, (Les Soeurs Brontë d'A. Téchiné, 1979)

samedi 10 septembre 2022

Olympe de Gouges enfin reconnue?

Les Droits de la femme et de la citoyenne a surgi dans la liste des œuvres au programme des épreuves anticipées du bac de français 2022. La vie de cette femme de lettres en lutte contre les oppressions et pour l’égalité est en elle-même un roman.

La figure d’Olympe de Gouges a longtemps été ignorée des manuels de littérature, et c’est à peine si l’histoire retenait son nom dans l’inventaire des trop nombreuses victimes de la Terreur. Or, voilà que son œuvre la plus connue, Les Droits de la femme et de la citoyenne1, surgit dans la liste des œuvres mises au programme des épreuves anticipées du bac de français 2022. Le choix peut étonner: l’œuvre intégrale fait à peine dix-sept pages dans l’édition retenue, et nous y englobons la «Dédicace à la reine» que les programmes n’invitent pas à explorer. Mais elle est évidemment emblématique ! Emblématique de l’entreprise et du destin d’une femme exceptionnelle dont la pensée, bien en avance sur celle de son temps, revendiquait une place pour la femme au moins égale à celle de l’homme et, qui par ses nombreux combats

contre l’esclavage et les oppressions de toutes sortes, contre la tyrannie, rêvait d’une société plus égalitaire, plus humaine, forte de cette humanité que les révolutionnaires de 1989 avaient, somme toute, occulté.

Un destin romanesque

L'engagement révolutionaire

Oeuvres disponibles

https://www.gwalarn.com/article/21199656-l-ecole-des-lettres-n1-septembre-2022-collectif-ecole-des-loisirs



samedi 9 juillet 2022

Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin

 Séquence didactique réalisée pour les éditions Hachette et imprimée à la fin des exemplaires destinés aux professeurs de troisième en 2023.

Avec Noire, la vie méconnue de Colette Colvin, Tania de Montaigne réhabilite une figure du mouvement pour la lutte des droits civiques aux Etats-Unis qui aurait pu jouer le rôle iconique qu’a endossé Rosa Parks mais qui, pour des raisons diverses parfaitement expliquées dans le livre, a fini par choisir l’anonymat et le retrait. L’ouvrage permet d’aborder deux des objets d’étude du programme de troisième : Agir dans la cité et Dénoncer les travers de la société. Nous nous donnerons pour objectifs, au cours de cette séquence, de faire comprendre aux élèves comment le travail du biographe permet de dénoncer les injustices de la ségrégation raciale aux Etats Unis. Nous les conduirons aussi à questionner la fabrique de l’histoire, des héros ou héroïne qui l’incarnent, en interrogeant le parallèle effectué par Tania de Montaigne entre les destins de Rosa Parks et de Claudette Colvin.

Plan de la séquence

1. Etude de l'ouverture

2. La ségrégation raciale, d'après un extrait, p.26-29

3. Les subordonnées introduites par "que"

4. Entrainement à l'expression : modifier l'énonciation d'un récit

5. Un acte de résistance (étude du chapitre 4)

6. La fabrique de l'histoire

7. Sujet type DNB