Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.

vendredi 23 juin 2023

Maurice ou le Cabanon du pêcheur, le conte perdu de Mary Shelley

 Égarée parmi les archives familiales depuis des générations, cette histoire d’enfant perdu séjournant chez un pêcheur serait le troisième roman de l’écrivaine. Petit paradis recouvert de lichen au bord de la falaise, la cabane symbolise la découverte de soi et la reconnaissance des autres. 

 Fuyant l’Angleterre puritaine en 1818 avec sa famille pour s’installer en Italie, Mary Shelley perd successivement sa fille d’un an, Clara, et son fils de trois ans, William. Elle sombre dans la dépression. Début 1820, elle donne naissance à un petit garçon, Percy Florence. Avec leur amie Claire Clairmont, qui le chaperonne depuis l’Angleterre, le couple Shelley s’installe à Pise où ils retrouvent le couple Mason, parents de deux filles, Laurette et Nerina. C’est certainement pendant cette période, après avoir écrit Mathilda1 , son deuxième roman, que Mary se lance dans l’écriture de Maurice ou le Cabanon du pêcheur. Une histoire d’enfant perdu et enlevé qui semble condenser tous les malheurs dont elle a souffert. Claire Tomalin affirme que le «journal italien de Mary Shelley mentionne qu’elle a bien écrit une histoire pour Laurette, le 10 août 18203 ». Ce que confirme la correspondance de Godwin qui a refusé de publier l’histoire de sa fille4 intitulée Maurice, l’estimant trop courte. Ensuite, Maurice a disparu. Claire Tomalin explique que c’est un courrier d’une certaine Christina Dazzi, épouse d’un descendant du couple Mason, qui l’a conduite en Italie pour authentifier le manuscrit, «Un petit livre de quelques pages cousues avec une ficelle », dédicacé ainsi: «Pour Laurette de la part de Mary Shelley.» L’ouvrage était resté dans les archives familiales depuis des générations. C’est Claire Tomalin qui assurera la première édition de Maurice or the Fisher’s Cot en 1998.




mercredi 21 juin 2023

"Hélène, princesse intrépide", analyse d'un album

Il eut être intéressant, en sixième, de commencer l’année avec un groupement de textes consacrés au thème du monstre. C’est l’occasion pour le professeur de revoir les caractéristiques grammaticales et formelles du récit. On pourra prolonger cette séquence initiale avec une lecture de l’album Hélène princesse intrépide, de Christelle Cailleteau et Julie Colombet, qui offre une variation amusante sur le topo du dragon. La séquence permettra de montrer que cet album demande des compétences de lecteur complexes puisqu’il joue de la superposition de deux narrateurs: l’un (verbal) raconte l’histoire, l’autre (visuel) la met en image. Cette juxtaposition de deux discours parfois complices, parfois antagoniques, a des effets complexes. L’histoire reposant sur des manipulations chronologiques intéressantes, nous choisissons d’étudier, en langue, le plus-que-parfait. Les deux premières séances seront menées au vidéoprojecteur, avant que les élèves aient eu accès à l’album.

1. Entrer dans l'album
2. Quand les deux narrateurs ne sont pas tout à fait sur la même longueur d'onde
3. Le plus-que-parfait
4. Accords et désaccords, les enjeux d'une double page
5. Ils ne se marièrent pas et n'eurent pas d'enfants, un scénario parodique



mardi 20 juin 2023

Mary Wollstonecraft, le destin d’une Européenne insurgée

L’écrivaine féministe et défenseuse des droits de l’homme a quitté l’Angleterre en 1784 pour le Portugal. Elle a ensuite voyagé en Irlande, en France, en Suède, en Norvège et au Danemark, pays qui ont inspiré des textes politiques et des récits de voyage. Par Stéphane Labbe, professeur de lettres (académie de Rennes) I rlande, Portugal, France, Scandinavie, la courte vie de Mary Wollstonecraft, femme du XVIIIe siècle née en 1759 à Spitalfields et morte en 1797 à Londres, fut amplement itinérante, à l’image de sa pensée, toujours en mouvement. Aujourd’hui connue pour A Vindication of the Rights of Woman (Défense des droits des femmes1 ), cette écrivaine britannique laisse une œuvre protéiforme (essais, romans, correspondance, récits de voyage) qui manifeste toutes les aspirations, mais aussi toutes les contradictions de l’une des périodes les plus tourmentées de l’histoire européenne.

https://www.gwalarn.com/livre/22392973-l-ecole-des-lettres-n4-mai-2023-collectif-ecole-des-loisirs






vendredi 31 mars 2023

Emily, de Frances O’Connor : âme révoltée dans les landes anglaises

Emily, de Frances O’Connor : âme révoltée dans les landes anglaises Bravant l’exactitude biographique pour se concentrer sur les élans et les émotions de la jeune autrice des Hauts de Hurlevent, la comédienne australienne signe un premier long métrage non pas fidèle, mais crédible et sensible. 

Avec Emily, il semble clair que la réalisatrice Frances O’Connor n’a pas recherché l’exactitude biographique. Le scénario compte un certain nombre d’erreurs, et son film est beaucoup plus éloigné de la vérité historique que ne l’était celui d’André Téchiné, Les Sœurs Brontë[1]. En revanche, la comédienne australienne, qui réalise ici son premier long métrage, propose le portrait d’une Emily Brontë romanesque et crédible.

Suite de l'article sur le site de l'école des lettres






vendredi 24 mars 2023

La science en question dans Le Rayon vert de Jules Verne

 Les « prolongements » aux lectures indicatives signalées dans Bulletin officiel spécial n°1 du 22 janvier 2019 suggèrent la lecture de l’un « Voyages extraordinaires » de Jules Verne pour illustrer la seconde grande thématique du programme : les représentations du monde. L’objet d’étude « Décrire, figurer, imaginer » semble si parfaitement caractériser l’œuvre de notre illustre romancier qu’il semble vain de chercher à justifier son utilisation en cours. Qui, mieux que Jules Verne, a su glorifier les vertus du progrès scientifique et la pensée positive dans les dernières décennies du XIXe siècle ? L’œuvre de Jules Verne est si bien assimilée au développement de la vulgarisation scientifique qu’on en a oublié qu’elle était avant tout une œuvre romanesque qui exalte l’imagination. Les instructions officielles invitant à explorer « le rôle de l’imagination et l’usage de la fiction dans le développement des savoirs sur la nature et sur l’homme », il nous a semblé intéressant de retenir une œuvre assez atypique du corpus vernien, Le Rayon vert[1], publié en 1862. La science y a certes sa place, et c’est en quête d’un mythe scientifique (le fameux rayon) que partent les protagonistes de notre histoire. Mais, elle y est aussi caricaturée, incarnée par un scientifique aussi sot que vain (le jeune Aristobulus Ursiclos dont le patronyme constitue à lui seul un programme) et finalement réduite au rang de faire valoir d’un imaginaire qui, prenant appui sur les croyances ancestrales de l’humanité, semble infiniment plus précieux que le discours desséchant d’un positivisme triomphant. L’œuvre pourra faire suite à l’étude d’un groupement de textes consacrés aux combats menés par Descartes, Kant et les philosophes du XVIIIe pour imposer le rationalisme dans l’Europe moderne.

https://nrp-lycee.nathan.fr/sequences/la-science-en-question-dans-le-rayon-vert-de-jules-verne/





 



[1] Nous utilisons pour cette étude la seule édition courante disponible du Rayon vert, le « Livre de Poche » n° 2060 publié en 2004.

samedi 17 décembre 2022

Little Women, roman autobiographique

Le premier volume de Little Women (titre original des Quatre filles du Docteur March) publié en 1868, n’enthousiasmait guère son auteur. Écrit à la demande de Thomas Niles, son éditeur, qui lui réclamait un « livre pour filles », Louisa Alcott a puisé la matière de son livre dans ses souvenirs d’enfance et situé l’univers de son intrigue dans la période récente de la guerre civile. Elle y raconte une année dans la vie d’une famille composée de la mère (surnommée Marmee) et de ses quatre filles (Meg, Jo, Beth et Amy), leurs joies, leurs difficultés, leurs peines, leurs aspirations, leurs craintes, en l’absence du père, le pasteur March qui a choisi d’assister les soldats, en tant qu’aumônier, sur le front. Louisa, habituée à fournir les intrigues tarabiscotées de romans sentimentaux et gothiques aux journaux n’est guère emballée par le résultat. Son éditeur trouve, lui aussi, que l’intrigue manque de relief et de rebondissements.

Vivianne Perret, dans sa biographie de Louisa May Alcott[1], raconte que c’est à la nièce de l’éditeur que nous devrons finalement Les quatre filles du Docteur March. Niles a l’idée de lui faire lire le roman : « Elle adora, mentionne la biographe. En ce qui le concernait, les lectrices étaient les meilleures des critiques. Niles en homme d’affaires perspicace était persuadé qu’il tenait en ses mains la poule aux œufs d’or. »1 L’avenir devait lui donner raison, Little Women fut le plus grand succès de Louisa M. Alcott, un phénomène comparable, pour le XIXe siècle, à celui d’Harry Potter – Pascale Voilley[2] rapporte que pendant « les trente ans qui suivirent la publication de la première partie du roman, l’éditeur Robert Brothers publia en tout 1 727 551 exemplaires des livres d’Alcott », ce qui, pour le XIXe siècle est considérable. Le roman connut des dizaines de tirages, fut adapté en pièce et L.-M. Alcott, qui n’avait jusque là réussi qu’à survivre de sa plume, accomplissait son rêve : donner un train de vie honorable à tous les membres de sa pittoresque famille.

Le roman familial

Le père

Car c’est bien de cette famille dont il est question dans le livre, à commencer par le père Bronson Alcott étrangement absent et devenu par un double mensonge docteur. La préface de Malika Ferdjoukh[3] explique comment le pasteur imaginé par Louisa est devenu docteur sous la plume de P.J. Stahl, le traducteur français (p. 7-8) ; l’anecdote est d’ailleurs passionnante. On pourra en outre se demander pourquoi la fille a choisi de transformer son pédagogue transcendentaliste de père en un pasteur engagé dans les rangs nordistes. Sans doute parce qu’elle nourrissait des sentiments ambivalents à l’égard dudit père. 

Suite dans 


https://www.ecoledeslettres.fr/magazine/2022-2023/n2-decembre-2022-fevrier-2023/

[1] Vivianne Perret, Louisa May Alcott. La mère des quatre filles du docteur March, 1832-1888, Vuibert, 2014.

[2] Pascale Voilley, Louisa May Alcott, Belin, 2001.

[3] L.M. Alcott, Les quatre filles du docteur March (initialement Les quatre filles du pasteur March), L’école des loisirs, 2009.

[4] Henry A. Beers, Four Americans, Chap. III, “A pilgrim in Concord”, Yale University Press, 1919.

[5] Henri David Thoreau, Gens de Concord, Le Mot et le Reste, 2021.

[6] Pilgrim’s Progess, (Le Voyage du pèlerin), est un ouvrage allégorique de Bunyan (1628-1688) qui a profondément influencé la foi protestante aux Etats-Unis, voir à ce sujet notre séquence, « Les Quatre filles du pasteur March de Louisa May Alcott », in L’École des lettres, n° 7-8, 2010-2011.