Il n’est pas toujours évident de dessiner la frontière entre littérature pour la jeunesse et littérature tout court. Retrouver le petit frère, le dernier roman de Gisèle Bienne, paru dans la collection « Medium » de l’école des loisirs fait partie de ces textes qu’on ne s’étonnerait pas de retrouver dans une collection pour adulte, preuve s’il en est, que la jeunesse a mûri ou que les adultes s’accrochent à leurs jeunesses.
Révision
jeudi 8 octobre 2020
"Retrouver le petit frère" de Gisèle Bienne
Il n’est pas toujours évident de dessiner la frontière entre littérature pour la jeunesse et littérature tout court. Retrouver le petit frère, le dernier roman de Gisèle Bienne, paru dans la collection « Medium » de l’école des loisirs fait partie de ces textes qu’on ne s’étonnerait pas de retrouver dans une collection pour adulte, preuve s’il en est, que la jeunesse a mûri ou que les adultes s’accrochent à leurs jeunesses.
Un enlèvement et ses répercutions
Résolution et synchronicité
dimanche 29 décembre 2019
Vanitas vanitatum, omnia vanitas d'Anne Brontë
![]() |
| Anne crayonnée par Charlotte |
In all we do, and hear, and see,
Is restless Toil and Vanity.
While yet the rolling earth abides,
Men come and go like ocean tides;
And ere one generation dies,
Another in its place shall rise;
THAT, sinking soon into the grave,
Others succeed, like wave on wave;
And as they rise, they pass away.
The sun arises every day,
And hastening onward to the West,
He nightly sinks, but not to rest:
Returning to the eastern skies,
Again to light us, he must rise.
And still the restless wind comes forth,
Now blowing keenly from the North;
Now from the South, the East, the West,
For ever changing, ne'er at rest.
The fountains, gushing from the hills,
Supply the ever-running rills;
The thirsty rivers drink their store,
And bear it rolling to the shore,
But still the ocean craves for more.
'Tis endless labour everywhere!
Sound cannot satisfy the ear,
Light cannot fill the craving eye,
Nor riches half our wants supply,
Pleasure but doubles future pain,
And joy brings sorrow in her train;
Laughter is mad, and reckless mirth--
What does she in this weary earth?
Should Wealth, or Fame, our Life employ,
Death comes, our labour to destroy;
To snatch the untasted cup away,
For which we toiled so many a day.
What, then, remains for wretched man?
To use life's comforts while he can,
Enjoy the blessings Heaven bestows,
Assist his friends, forgive his foes;
Trust God, and keep His statutes still,
Upright and firm, through good and ill;
Thankful for all that God has given,
Fixing his firmest hopes on Heaven;
Knowing that earthly joys decay,
But hoping through the darkest day.
Ann Brontë, Complete Poems of Anne Brontë, Reprint Service Corp, 1924.
En tout ce que l’on fait, entend ou voit,
Ne résident que peine sans trêve et vanité ;
Alors que la Terre en mouvement demeure,
Les hommes vont et viennent comme les marées ;
Avant que ne meure une génération,
Une autre la remplace, qui s’élève.
Et la précipite bientôt dans la tombe,
D'autres lui succèdent, comme la vague écrase la vague ;
A peine se sont-elles dressées qu’elles retombent à jamais.
Chaque jour voit le soleil se lever,
Se hâter dans sa course vers l'Ouest,
Il sombre dans la nuit, non pour se reposer,
Mais pour arpenter les chemins des ciels d’Orient,
Il lui faut alors encore se lever pour nous éclairer.
Viennent alors les vents tourmentés et ardents
Qui, à présent soufflent, du nord,
Mais tantôt du sud, de l’est ou de l’ouest ;
Pour toujours irrésolus, à jamais agités.
Les sources, jaillissant des collines,
Assurent la course éternelle des ruisseaux.
Les rivières assoiffées y prennent leur aliment
Et le portent en roulant jusqu’au rivage,
Mais l'océan ne cesse d’en vouloir davantage
Partout, ce n’est que labeur sans fin.
Er le son ne peut satisfaire l’oreille.
Nulle lumière ne contente l’œil assoiffé
Et il n’est pas de fortune pour contenter nos besoins.
Le plaisir ne fait qu’accroître la peine à venir,
Et la joie, dans sa course, apporte le chagrin.
Le rire est folie, la joie, une imprudence,
Que fait-elle sur cette terre désolée ?
La richesse et la gloire occuperaient-elles notre vie,
La mort vient détruire notre labeur,
Pour nous soustraire la coupe intacte
A laquelle nous avons tant travaillé
Que reste-t-il, dès lors, à l’homme infortuné ?
Qu’il profite, tant qu’il le peut, des plaisirs de la vie.
Qu’il profite des bienfaits que le ciel lui accorde,
Qu’il assiste ses amis, et pardonne à ses ennemis.
Qu’il croie en Dieu, et ne change rien à ses lois,
Droit et ferme dans le bien comme dans le mal ;
Empli de gratitude pour tout ce que Dieu lui donna,
Plaçant au ciel ses plus fermes espoirs,
Sachant que les joies d’ici-bas fanent vite,
Espérant, à travers les jours les plus sombres.
vendredi 20 décembre 2019
Christmas tree
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| Carte postale, 1907. |
As yeat another year is ending
Decked this Christmas-tree
In blown-glass coloured balls and birds and shining spheres
And glitter on the ever-green
And living boughs ?
Who from the young
Who will come briefly to visit me
Will find magic in these tinsel stars, hear what they sing
Of memories not theirs, who must live on Into years farther yet from Bethlehem?
Not, not for the living, It is my ghosts who will keep Chritmas Past with me,
And it should be that an old woman In all my remenbered and unremenbered presents be
With those who loved me, yet with whom, indifferent then,
Only now I am.
Pour qui ai-je,
Alors qu’une autre année s’achève encore
Décoré ce sapin de Noël
De boules de verre colorées, d’oiseaux et des sphères scintillantes
De paillettes sur les branches toujours vertes
Et vivantes?
Qui, parmi les jeunes gens
Qui brièvement me rendront visite,
Trouvera de la magie dans ces étoiles étincelantes, qui entendra ce qu'elles murmurent
De souvenirs qui ne sont plus à eux, et qui doivent rester en vie
En ces années qui toujours plus s’éloignent de Bethléem ?
Non, pas pour les vivants,
Ce sont mes fantômes qui garderont avec moi les Noël Passées
Comme il se doit pour une vieille femme,
A travers tous ces présents que ma mémoire a conservés ou effacés, d’être
Avec ceux qui m’ont aimée, autrefois indifférente, c’est seulement maintenant
Que je suis avec eux.
mercredi 31 juillet 2019
"Jane Eyre" de R. Stevenson
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| Elizabeth Taylor et Peggy Ann Garner |
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| La scène du mariage manqué, Orson Welles et Joan Fontaine. |
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| Un cinéma expressionniste. |
dimanche 28 juillet 2019
"To a mistresse dying" de William Davenant
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| Caspar Friedrich, "Femme au soleil couchant", 1808. |
Ta beauté fraîche, sereine et mature
Comme un été indien,
Renonçant à la chair, à la nature,
Aux étoiles, s’adjoint.
Le Philosophe.
Elle vivait, les astres s’étiolaient,
Retrouvant par elle un peu de clarté ;
Mais la Mort à l’ombre la conduirait
Là où s’éteignent amour et beauté.
L’Amant.
L’amant, pour qui le poète est prêtre,
Croit que sa maîtresse, quand elle meurt,
En étoile, voit renaître son être :
Et qui pour contredire le rimeur ?
Le Philosophe.
Ne demandez pas au corps qui s’éteint
Quel sera son séjour;
Puisque le savoir, espion du chagrin,
Ne donne nul secours.
William Davenant (1606-1668), "To a mistress dying".
1. Le mot est à prendre dans le sens classique, que lui donne Molière par exemple, de "celui qui aime".
Lover.
lundi 13 mai 2019
Tyrans de Stephen Greenblatt, où comment Shakespeare nous décrit Trump et quelques autres
Les tyrans sont nombreux chez Shakespeare, on songe tout de suite à Richard III ou à Macbeth mais le mérite du livre de Stephen Greenblatt est d’envisager la tyrannie sous tous ses aspects et de montrer comment elle s’installe, quels types de personnalités elle favorise, comment elle gouverne ‑ dans l’irrationalité le plus souvent ‑ et parfois comment elle s’écroule ou plus rarement s’amande.
C’est à l’humaniste écossais George Buchanan que notre historien fait appel pour rappeler les sources qui ont pu alimenter la réflexion du barde de Stratford : « Un roi règne sur des sujets qui l’ont voulu, un tyran sur des sujets qui ne l’on pas voulu. » Même si elle est contestable, cette esquisse de définition souligne le caractère illégitime du tyran et Buchanan de montrer que les institutions d’un pays libre cherchent à écarter ceux qui veulent gouverner « pour eux-mêmes et non pour l’intérêt général.
On ne peut s’empêcher, ces premières constatations faites, de songer au président Trump qui, s’il n’est jamais nommé, ne cesse d’apparaître en filigranes derrière les développements de cet essai lumineux. Comme le York de la trilogie consacrée à Henri VI, il est celui qui a su faire « alliance avec les classes inférieures, misérables dédaignés et ignorantes ». Le tyran est celui qui fait preuve d’un « populisme déguisé », il flatte le peuple, se prétend du peuple, affiche généralement un nationalisme outrancier mais n’hésite pas à s’appuyer et à nouer des relations secrètes avec l’ennemi de toujours ‑ ainsi York s’allie-t-il avec la France. Et bien évidemment, au plus profond de lui, il n’a que mépris pour ce peuple qui l’adule.
« Toute ressemblance…. » suggère Greenblatt, serait involontaire et fortuite, pourtant quand il dessine le portrait psychologique de Richard III. Le Roi Richard esr atteint de narcissisme pathologique. IL croit que tout lui est dû à un point éffreyant et ne doute jamais de pouvoir faire ce qui lui plaît. Il aime aboyer ses ordres et voir ses inférieurs les exécuter. Il s'attend à une loyauté abolue mais est incapables de gratitude. Les sentiments d'autrui ne signifient rien pour lui." Le lecteur ne peut s'empêcher de se livrer au jeu des associations diées.
Le Tyran n'arrive pas seul au pouvoir, il peut compter sur les hommes de l'ombre qui cherchent à tirer profit de son magnétisme et qui la plupart du temps s'y brulent. Et la tyrannie révèle la nature humaine: il est ceux qui la favorient pour en profiter, ceux, beaucoup plus rares qui l'affrontent, illustrant le fameux paradoxe sartrien : Jamais nous n’avons été aussi libres que sous l’occupation allemande ») (3) ainsi en va-t-il de Kent qui, au début du Roi Lear, ose défier son maître pour lui signifier sa folie ou de Pauline, dans Le Conte d’hiver, qui tente de sortir le roi Léonte de ses illusions destructrices.
Car le tyran, bien souvent, est fou, il peut certes accéder au pouvoir lucidement, de façon concertée, machiavélique, détruisant les institutions, méprisant et massacrant les êtres : ce que font les Richard III et Macbeth. Ils n’en sont pas moins, estime Greenblatt, victimes d’une forme de dégénérescence psychologique.
Mais cette dégénérescence peut aussi accabler les souverains légitimes (Lear, Léonte dans Le Conted’hiver), surgissant de façon inexplicable : quelle mouche a bien pu piquer Lear lorsqu’il s’adonne à l’exercice puéril d’exiger des preuves d’amour de ses trois filles ? Pour quelles raisons Léonte devient-il soudain furieux de jalousie, au point de détruire son mariage, une vielle amitié, sa propre fille et son royaume ? Si Le Conte d’hiver se termine sur une note positive, la rédemption du tyran, il n’en va pas de même du Roi Lear :« À l’an fin, écrit- l’universitaire, aucun des monstres n’est plus en vie pour savourer les fruits de sa victoire.
Malgré tout leur mort ne peut effacer la tragédie de Cordélia ou l’affliction indicible de son père […] De manière plus poignante que nulle part ailleurs dans son œuvre, Shakespeare insiste ici sur le caractère irréparable de la perte que la tyrannie laisse dans son sillage. »
On voit donc combien la réflexion de Stephen Greenblatt peut nous être précieuse. « God bless America », a-t-on envie de dire, rien ne réparera les dégâts commis par l’administration chaotique de Trump, les modestes avancées sociales que son prédécesseur avait amorcées, les décisions délirantes en matière de politique environnementales et étrangères vont causer des dégâts irréversibles. À l’heure où, par ailleurs, 60 % des Français se déclarent favorables à la mise en place d’une application tracking sur leurs portables, il est plus que temps de relire Shakespeare et de prendre connaissances de la lecture judicieuse qu’en fait Stephen Greenblatt. Qui nous prouve s’il en était besoin, combien les classiques sont actuels, intemporels et riches de significations qui nous concernent.
(1) Stephen Greenblatt, Tyrans Shakespeare raconte le XIXe siècle, Saint-Simon, 2019.
(2) Stephen Greenblatt, Quatrocentto, Libres champs, Flammarion, 2015.
(3) Sartre, « La République du silence », in Situation III, 2018.
dimanche 3 février 2019
Nouveau look pour Gilgamesh
Le livre présente donc le contenu des douze tablettes, retrouvées dans le palais d'Assurbanipal, l'épisode d'Ishtar aux enfers et un dossier qui évoque
- La Mésopotamie antique
- Une chronologie des cités
- La fig
ure de Gilgamesh
- La formation de la légende
- La redécouverte de la version ninivite
- La construction de l'épopée
- La douzième tablette
- La légende d'Ishtar aux enfers
Séquence dans l'école des lettres n° 2-3 de 2010-2011.
Une critique dans la Revue des livres pour enfants
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| Inanna (Ishtar), British Museum |
Remarquable édition abrégée à l’intention des jeunes mais aussi pourra-t-elle être une bonne première lecture pour tous ceux qui hésiteraient à se lancer dans un texte lacunaire, difficile. Ici, le texte a été habilement réécrit pour que la lecture soit aisée sans retirer l’esprit du texte. Il est suivi d’une tablette tardive qui narre la descente d’Enkidu aux enfers et « la descente d’Ishtar aux enfers » qui ont le mérite de nous donner une idée des conceptions des anciens Mésopotamiens de l’ « après vie ». On trouvera en outre, en fin de volume un index très utile car les noms des dieux mésopotamiens ne nous sont point familiers, une bibliographie aussi brève qu’intéressante et , surtout, une présentation claire et rapide de la Mésopotamie. On ne peut que recommander sa lecture à tous – on peut lire à haute voix ce beau texte : il sonne bien. L’émotion nous saisit au récit de ces aventures, de la douleur indicible de Gilgamesh quand Enkidou meurt, de sa peur de mourir et de cette quête désespérée qui se termine dans une sorte de paix. Chef d’œuvre qui n’a pas pris une ride depuis plus de quatre mille ans ! E.C. Revue des livres pour enfants, sept. 2010.











