Révision

La plupart des articles (traductions exceptées) ont été révisés au cours de l'automne 2014, d'où certains anachronismes au regard de la date de publication.

jeudi 7 décembre 2023

L'école des lettres, numéro spécial dystopies : 1984, quand l’amour entre en résistance

Les programmes de troisième invitent à explorer la situation de l’individu face au pouvoir : la question est essentielle et éternelle. Gilgamesh, le premier grand roman de l’humanité, raconte l’apprentissage d’un roi, l’Iliade questionne la résistance d’Achille aux ordres qui lui sont donnés, Antigone se révolte contre un pouvoir dont elle estime les décisions illégitimes. En 1948, au moment où la paix se rétablit mais aussi au moment où les dictatures communistes affirment leur emprise Orwell imagine, sous l’empire de Big Brother, l’univers de 1984[1] qui va devenir le symbole de tous les régimes totalitaires. Dans cet univers dément où l’état introduit sa surveillance dans tous les foyers, la timide révolte de Winston, qui ne prétendait au fond qu’à l’une des dimensions les plus intimes de la vie humaine (l’amour), se voit impitoyablement écrasée. Le contrôle technologique s’exerce par le « télécran » d’Orwell qui préfigurait nos ordinateurs et internet. La version abrégée du roman autorise sa lecture par des classes de troisième, la séquence qui suit vise à faire comprendre la notion de contre-utopie et à entraîner les élèves à exercer leur réflexion sur cette question du rapport au pouvoir, elle prendra place, de préférence en fin d’année. On prévoira d’avoir fait lire l’intégralité du roman pour la séance 5. On peut consacrer des séances à la lecture silencieuse ou à la lecture de passages clés à voix haute.

Séance 1 : Qu’est-ce qu’une contre-utopie ?

Séance 2 : Winston et les affreux enfants Parsons, p. 33-34

Séance 3 : À quoi sert le Nouvlang ? p.56 57

Séance 4 : La subordonnée hypothétique

Séance 5 : L’histoire d’amour de Winston et Julia, un acte de résistance

Séance 6 : Et si Julia se mettait à raconter…

Séance 7 : L’espoir est-il permis ? p. 261-262






[1] Notre édition de référence sera l’édition abrégée du Livre de Poche Jeunesse.

lundi 4 décembre 2023

Numéro spécial de l'Ecole des lettres dystopie : De La Ferme des animaux à 1984 : comment garantir la liberté d’écrire ?

 


Avec 1984 Orwell questionne le statut de la littérature, dans un dialogue avec Syme, apologiste de la dictature, Winston, le héros du roman, apprend que le but du nouvlang (le nouveau langage que le parti tente d’imposer), c’est l’anéantissement du patrimoine littéraire. Chaucer, Dante, Milton, Byron sont condamnés[1]. L’existence même de la littérature qui manifeste la complexité de l’esprit humain remet en question la pensée simpliste que diffuse le régime de Big Brother. Mais, d’une manière générale, Orwell considère que l’acte d’écrire authentique, parce qu’il est une manifestation fondamentale de liberté, s’oppose à toutes les modalités de l’autorité.

Dans L’Empêchement de la littérature[2], un essai publié en 1946, il montre que les démocraties occidentales sont, elles aussi, les ennemies de cette liberté : « les barons de la presse, les magnats du cinéma et les bureaucrates » y sont décrits comme des censeurs. Et l’auteur de 1984 en arrive à la conclusion que la fonction de l’écriture est nécessairement politique. Nous « sommes désormais habités, écrira-t-il dans « Les écrivains et le Léviathan »[3], par une sorte de scrupule que ne connaissaient pas nos aïeux, une conscience de l’immensité de l’injustice et de la misère du monde, ainsi que par un sentiment de culpabilité qui nous dit qu’il faudrait y faire quelque chose, ce qui rend impossible toute attitude purement esthétique envers la vie. Personne, à présent ne pourrait se vouer aussi exclusivement à la littérature que Joyce ou Henry James. » C’est un mouvement de compassion intense qui pousse Orwell à épouser la cause du socialisme, dans les dernières années de sa vie.

https://www.ecoledeslettres.fr/fiches-pdf/de-la-ferme-des-animaux-a-1984-comment-garantir-la-liberte-decrire/




[1] Cf. notre édition de référence, Orwell, 1984, trad. de G. Guillier, Le Livre de Poche Jeunesse, 2021.

[2] Orwell, L’Empêchement de la littérature, RN éditions, 2020.

[3] Orwell, Pourquoi j’écris et autres textes politiques, Folio, 2020.

mardi 3 octobre 2023

Les Cahiers de Douai d'Arthur Rimbaus, séquence première

À la recherche d’une langue nouvelle, Rimbaud utilise un lexique qu’il libère des exigences de bienséance propre à la poésie classique. Par les formes et l’esthétique, il emprunte aux Parnassiens, mais se rapproche du symbolisme, sans s’y associer complètement.

Séance 1. Rimbaud, une carrière poétique éphémère sous le Second Empire

Séance 2. «Ophélie» ou la tentation parnassienne

Séance 3. Quand Rimbaud s’exerce aux réécritures

Séance 4. Les maux de la guerre et de la religion, analyse linéaire du «Mal» 

Séance 5. Le poète, contempteur de la société

Séance 6. «Ma bohème», les ambiguïtés d’un sonnet moderne

Séance 7. Tradition et innovation chez Rimbaud

Séance 8. Entraînement à la question de grammaire

https://www.ecoledeslettres.fr/page/2/?s=St%C3%A9phane+Labbe&ct_post_type=post%3Afiches-pdf&ct_search_taxonomies=yes




Les Brontë en Pléiade (tome 3) : Charlotte à la recherche de voies nouvelles


Avec un riche appareil critique, les deux récentes traductions de Shirley et Villette font apparaître un réalisme social inédit confinant au romantisme industriel dans le premier et, dans le second, la liberté absolue et la modernité de l’aînée de la fratrie.


Les éditions Gallimard ont publié fin 2022 de nouvelles traductions des deux derniers romans de Charlotte Brontë, Shirley et Villette* achevant ainsi une publication de ce qui pourrait passer pour les œuvres complètes des Brontë. Signées Laurent Bury et Véronique Béghain, ces deux traductions sont d’autant plus appréciables que les deux romans n’avaient pas été revisités depuis les années cinquante.


https://www.ecoledeslettres.fr/les-bronte-en-pleiade-tome-3-charlotte-a-la-recherche-de-voies-nouvelles/



vendredi 8 septembre 2023

Les neiges du Kilimandjaro de Joseph Kessel, séquence pour 4e

 Présentation : Joseph Kessel qui fut l’un des grands reporters du XXe siècle est aujourd’hui surtout connu surtout pour ses œuvres romanesques, la plus connue est sans conteste Le Lion, qui fut l’un des grands succès d’édition de Gallimard, mais on lui doit aussi des romans qui ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques populaires comme La Passante du Sans-souci ou Belle de jour. Le Paradis du Kilimandjaro qui servira de support à notre séquence est un recueil de quatre reportages initialement publiés dans le recueil intitulé La Piste fauve en 1954. Les deux premiers (« La Clairière aux pygmées » et « Les derniers Dieux du Nil ») rapportent le voyage qui conduisit un Kessel soucieux de découvrir la riche faune africaine aux alentours des sources du Nil près des chutes de Murchison. Les deux suivants évoquent son séjour au Kenya dans la réserve d’Amboseli, ces deux reportages portent aussi témoignages des acteurs, lieux et fait qui devaient inspirer la trame de son roman à venir, Le Lion, publié deux ans plus tard.

Les trois premiers reportages traduisent la fascination qu’a pu exercer l’Afrique sur le reporter qui s’émerveille des beautés d’une nature restée vierge. Dans un monde en pleine mutation, Kessel a parfaitement conscience du caractère exceptionnel des expériences que la terre africaine lui fait vivre. Chacun des trois reportages est construit comme un récit initiatique où, appréhendant la beauté surnaturelle du monde, le reporter narrateur semble renouer avec ses propres origines et trouver dans l’harmonie avec la nature un sens à l’existence. Le quatrième reportage, plus anecdotique, même s’il n’est pas dépourvu de toute dimension initiatique, rapporte les événements qui ont inspirée l’intrigue du Lion.

 La séquence permettra de montrer comment, dans un premier temps, l’écriture du reportage peut entretenir la flamme lyrique et traduire l’enthousiasme né d’un mouvement de communion avec le monde. L’écriture demeurant celle du journaliste, les précisions spatio-temporelles y prennent une importance particulière et nous étudierons donc les compléments circonstanciels de temps et de lieu. La deuxième partie de la séquence sera consacrée à la comparaison entre le fait divers qui inspire une œuvre littéraire et l’œuvre elle-même. Nous verrons donc comment les témoignages qu’a recueillis Kessel l’on conduit à écrire le lion. On pourrait très bien faire suivre cette séquence d’un groupement de texte comparant les grandes œuvres littéraires aux faits divers qui les ont inspirés (de Moby Dick à l’Adversaire en passant par Le Rouge et le Noir).

https://nrp-college.nathan.fr/sequences/joseph-kessel-le-paradis-du-kilimandjaro/





lundi 4 septembre 2023

Le Tour du monde en quatre-vingts jours, séquence 5e 4e


Le Tour du monde en quatre-vingt jours
de Jules Verne est un récit plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Sa version abrégée s’avère particulièrement adaptée aux classes de collège. On peut viser, par son étude, le niveau cinquième dans lequel il est préconisé de « découvrir diverses formes de récits d’aventures, fictifs ou non » ou le niveau quatrième qui invite à aborder, « à travers des textes relevant des genres dramatique et romanesque, la confrontation des valeurs portées par les personnages » et à «  comprendre que la structure et le dynamisme de l’action dramatique ou romanesque, ont partie liée avec les conflits » de manière à faire saisir « les intérêts et les valeurs qu’ils mettent en jeu. » La séquence qui suit prend en compte ces deux aspects du récit, ajoutons qu’en quatrième elle pourra servir d’amorce à l’objet d’étude « Informer, s’informer, déformer ? », le périple de Phileas Fogg s’avérant riche en retentissements médiatiques ; tandis qu’en cinquième elle permettra d’aborder la question du regard sur « le monde », les héros verniens s’avérant particulièrement ethno-centrés. La séquence s’attache à montrer comment le roman d’aventures devient roman de formation, suscitant par là l’intérêt des jeunes lecteurs. Selon la classe dans laquelle le professeur abordera le roman, il mettra l’accent sur les éléments spécifiques au programme du niveau retenu.

In, L'Ecole des lettres, septembre 2023.

https://classiques.ecoledesloisirs.fr/livre/CLA-Le-Tour-du-Monde-en-quatre-vingts-jours


dimanche 3 septembre 2023

La Comète, de Joe Todd-Stanton: attraper les étoiles

En quittant la campagne pour vivre en ville, Mila et son père ne voient plus le ciel et ne prennent plus le temps d’être ensemble. Leur univers s’est rétréci. Jusqu’à ce que le père regarde les dessins de sa fille.

L’art de Joe Todd-Stanton se reconnaît immédiatement: un trait délicat qui autorise des contours assurés, des cadrages parfois surprenants mais qui donnent toujours à voir un monde apaisé, un mélange de couleurs chaudes et froides qui instaure une harmonie tranquille. La Comète interroge le rapport de l’homme à la nature et met en scène les relations parents-enfants tout en se livrant à un éloge très british de l’imagination créatrice. 

Large fenêtre sur paysage nocturne 

Deux doubles pages permettent de mettre en scène les enjeux de l’album, la première (p. 5-6) a pour cadre les murs d’une chambre d’enfant au milieu duquel s’ouvre une large fenêtre. «Ici, c’est chez moi, déclare la jeune narratrice (Mila), il y a de très grands arbres et je peux compter une centaine d’étoiles». Les murs sont couverts de dessins d’enfants et de photographies, d’un devoir noté A+ que surmonte l’image d’une fusée qui décolle ; au-dessus de la fenêtre, ce sont des canards découpés qui semblent s’envoler;à droite des lacis de feuilles colorés et une reproduction de Matisse (Icare) décorent le mur. Tout dénote un univers heureux, confiant, riche de promesses pour l’avenir.