Révision

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jeudi 14 mai 2009

"Le Verrou" de Fragonard


Si la biographie de Fragonard est mal connue, ses tableaux, eux, sont connus de tous. Le Verrou vient fréquemment, dans les manuels, sur les couvertures du roman, illustrer les Liaisons dangereuses de Laclos, et sans doute : la célèbre scène qui évoque le viol de Cécile par Valmont. Les critiques se sont beaucoup interrogés sur l'interprétation qu'il convient de donner à la scène. Les amants viennent-ils de faire l'amour ? Non, ils vont s'y livrer! On a vraiment envie de dire : Qu'importe ! C'est ce que le tableau donne à voir qui importe. Que voyons-nous donc ?
Un jeune homme dans une position bien peu confortable, une dame qui semble tomber en pâmoison, un jeu de lumière étrange, aussi étrange peu-être que la position du verrou. Un lit défait, les commentateurs y voient toutes sortes de représentations fantasmées, probablement justes : le pied du lit semble un genou replié, les oreillers ont formes de seins, le drapé, au-dessus du lit figure une sexe féminin, etc. Tout cela est possible, voire probable.
Il est par ailleurs indiscutable qu'il y a une pomme dans la lumière, un vase renversé, dans l'ombre. Pomme qu'on a beau jeu de rattacher au fruit d'Adam et Êve. L'attitude de la jeune femme n'est guère plus enviable que celle de l'homme, figée pour l'éternité dans une cambrure douloureuse qui la fait repousser du pied le lit, écarter le buste de l'homme, ce qui donne nettement l'impression qu'elle n'est pas consentante - serait-elle évanouie ? Et nous revenons à Cécile.
Il s'agirait du prélude à un viol ? peut-être ! ce qui pourrait expliquer la pomme dans la lumière (le désir de l'homme) le vase dans l'ombre, cachée (symbole du désir féminin quant à lui éteint).
Et il y a tous ces drapés, Sollers nous rappelle que Fragonard était fils d'un marchand drapier que les étoffes n'ont pas de secrets pour lui. Tout semble effectivement drapé dans ce tableau, le lit, les meubles, les corps : symbolique de la richesse ou symbolique du linceul ? Ne sont-ce pas les draps qui donnent à voir, si l'on en croit les critiques, ce qui va ce passer ? Mais le viol, si viol il y a, est une mort ce à quoi renvoient les fleurs hors du vase.
Ne pas oublier que ce tableau est un pendant à une scène beaucoup plus traditionnelle, l'Adoration des bergers. Où tout s'inverse : extrême dévotion des hommes qui n'osent pas regarder la Vierge, arrière plan céleste, là où le réalisme commanderait un plan fermé. La lumière provient de l'intérieur, de l'enfant évidemment. A l'arrière-plan un Dieu curieusement humanisé, six angelots dans le ciel, Jésus constituant à l'évidence le septième, incarnation du spirituel. Il y a aussi un vide en ce tableau, halo lumineux, entre la vierge et le boeuf de même qu'il y a un vide dans le Verrou, le coeur du drapé au-dessus du lit sensé représenté le sexe féminin.
Deux vides antithétiques : ombre et lumière, destitution de la femme objet du désir, adoration de la femme d'où naît la lumière; fermeture de l'espace, ouverture à l'infini ; lumière sombre du désir, lumière diffuse de la sérénité.
Une question pour qui regarde ces deux oeuvres : vers où ?
Une réponse, pour ne pas rester sur un jeu de mots lacanien : le vide.



2 commentaires:

Anonyme a dit…

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Anonyme a dit…

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